Erostrate Sinople

Le car laissa en fin d’après-midi le petit groupe de touristes au bout de la piste, en bordure d’une crique où se tiendrait la première nuit de bivouac précédant les cinq jours de randonnée. Le décor était superbe. Les ruines d’un théâtre antique se dressaient à quelques pas de la Méditerranée. Avant de s’en approcher, le guide turc écrasa soigneusement le mégot de sa cigarette sous son talon et ne poursuivit sa route que quand il fut certain qu’il était bien éteint. Armand, qui le suivait de quelques pas, faillit lui reprocher de souiller un tel site. Il n’osa pas et se contenta de ramasser le petit rouleau du filtre qu’il fit disparaître dans sa poche. Comme il se redressait, il croisa le regard de la plus jolie de ses compagnes de voyage et ne sut comment le traduire, amusement ou approbation.

Il lui sourit en réponse et rejoignit les autres randonneurs devant les ruines. Le guide s’était lancé dans de grandes explications sur les anciennes civilisations de l’Asie mineure. Armand écouta avec intérêt, sans pouvoir s’empêcher de laisser ses yeux courir aux alentours. Il repéra plusieurs papiers gras, une boîte de conserve rouillée et des débris de sac en plastic, sans compter les inévitables filtres de cigarette épars. Cela suffit à lui gâcher le superbe paysage qui l’entourait, comme un naevus peut défigurer le visage d’une jolie fille.

Cette phobie de toute pollution remontait chez lui à loin. Il se rappelait un pèlerinage effectué avec ses parents au sanctuaire de la Vierge de Montserrat l’année de ses onze ans, et le choc que lui avait procuré la vue d’un des plus beaux sites montagneux du monde défiguré par les tessons de milliers de bouteilles de bière fracassées sur les rochers par des imbéciles. Plus tard, dans les camps scouts, son zèle à traquer la moindre épluchure pour la jeter au feu lui avait valu le totem de Raton Laveur Méticuleux.

Devenu étudiant, il avait été tenté par l’écologie politique, mais avait fuit les Verts après un premier contact, leur gauchisme s’accommodant mal avec ses propres opinions : Armand était indéfectiblement royaliste. Il avait fini par rejoindre un mouvement qui venait de se créer pour fédérer autour de la protection de la nature les différentes tendances monarchistes. Ses fondateurs l’avaient baptisé « Le Lys Sinople ». L’objet statutaire était « la préservation des paysages de la doulce France qu’ont aimé Jehanne, Henri IV et Charles Péguy » et la devise « boutons l’ordure hors de la Terre ». Armand en devint le septième membre.

Il découvrit vite que toute l’énergie des Sinoples était consommée par le débat entre les légitimistes partisans du duc d’Anjou qui prônaient le retour aux méthodes ancestrales de fumure et de jachère et les orléanistes fidèles du comte de Paris qui se voulaient représentatifs d’une écologie ouverte aux réalités de notre temps, allant jusqu’à admettre des dérogations aux règles de l’assolement triennal. Lassé de ces discutions continuelles malgré tout leur intérêt théorique, Armand s’éloigna sur la pointe des pieds. Depuis il menait en Sinople indépendant son combat pour la nature, tançant quand il l’osait les semeurs de déchets. Mais le plus souvent une certaine timidité le retenait et il se contentait, comme pour le mégot du guide turc, de faire le ménage lui-même.

Il participait régulièrement pendant ses vacances à des randonnées organisées par un voyagiste spécialisé, « Le Monde à pied », dans des régions encore préservées de la horde des touristes. Par goût de la nature, mais aussi avec l’espoir toujours déçu d’y rencontrer l’âme sœur qu’attendait ses trente-deux ans. C’était pourtant plutôt un bel homme, avenant de visage et athlétique de corps, qui pouvait dans un premier temps attirer l’attention des femmes mais qui les faisaient ensuite vite fuir par son côté trop sérieux. Ne lui seraient restées s’il en avait voulu que les quelques mochetés laissées pour compte qu’on retrouve immanquablement dans tout voyage organisé et qui semblaient attirées par lui comme des mouches par un pot de miel.

En rejoignant cette année là à Roissy le groupe du « Monde à pied » en partance pour le sud-ouest de la Turquie, Armand avait aussitôt repéré le spécimen de service : Paule, une petite boulotte à gros mollets attifée d’un tee-shirt trop large et d’un short informe. Et une délicieuse étudiante brunette aux yeux verts, faîte à damner tout un concile  Garde suisse comprise, répondant au prénom de Virginie. Les autres randonneurs, une dizaine, étaient tous venus en famille, si on intégrait dans cette catégorie deux messieurs manifestement pacsés.

La malchance aidant, Armand s’était trouvé placé dans le vol Paris-Izmir à côté de Paule, qui l’avait rasé pendant tout le trajet du récit de ses vacances précédentes, avant de le faire bénéficier du détail de sa passionnante vie d’institutrice dans une bourgade du Perche. Il avait réussi à s’en décoller en prenant dans le car qui descendait le groupe vers le sud une place isolée. La jolie Virginie s’était assise à sa hauteur de l’autre côté du couloir et ils avaient échangé quelques remarques détendues sur Yamal, leur chauffeur et futur guide turc, qui arborait autour d’une terrible moustache une trogne de bandit de grands chemins à faire frissonner les femmes et les petits enfants. Le passage devant une décharge immonde avait fait bifurquer le sujet sur l’environnement. Armand avait à la fois étonné et amusé Virginie en faisant de Philippe Auguste le plus ancien écologiste de France pour avoir fait paver le cloaque qu’étaient avant lui les rues du centre de Paris et en ironisant sur ce maire de naguère qui se faisait une gloire du ramassage des crottes de chien par de curieuses motos vertes. Quand il avait conclu gaiement que l’exemple suffisait à résumer la différence entre les quarante rois qui ont fait la France et les petits messieurs qui leur ont succédé dans les palais nationaux, Virginie avait rit. Le temps était ainsi vite passé avant l’arrivée au lieu de bivouac.

Le groupe dîna en plein air dans les ruines. Yamal en profita pour donner les instructions d’usage : des sacs les plus légers possibles dans la journée, un véhicule tout terrain les retrouvant le soir avec les bagages, et surtout pas d’autre feu que celui qu’il ferait lui-même pour les repas, la région était sèche comme de l’amadou. Pour les toilettes, la nature était grande. Il fallut toute l’insistance d’Armand pour que le guide convienne qu’il serait préférable de recouvrir excréments et papiers hygiéniques de quelques pierres.

La nuit tombait rapidement. Fatigué par le voyage, chacun prit un matelas et son sac de couchage et se chercha un lieu de bivouac. Armand trouva une alcôve idéale entre les racines d’un gros olivier. Il nettoya sérieusement l’endroit, récupérant un paquet de cigarette aplati et une capsule de bière qu’il enferma dans un petit sac en papier pour les jeter le lendemain aux ordures. Il vit avec plaisir que Virginie avait choisi de s’installer sous un pin à dix mètres de lui, et grimaça en constatant que Paule le flanquait à même distance de l’autre côté.

Les premiers rayons du soleil et une forte envie naturelle le réveillèrent très tôt.

Il se glissa hors de son sac de couchage. Il faisait encore frais, mais le temps était magnifique et la chaleur monterait toute la journée. Ses deux voisines dormaient encore, Paule avec un léger ronflement. De Virginie, il ne discernait qu’une émouvante touffe de cheveux noirs émergeant d’un duvet bleu. Armand enfila silencieusement ses chaussures et s’éloigna à la recherche d’un endroit discret. Pour être sûr de ne gêner personne, il parcourut plusieurs centaines de mètres dans une maigre végétation méditerranéenne, le bas de son pyjama s’imbibant de rosée. Il finit par trouver un coin propice derrière un chêne liège et se soulagea.

Il détestait par dessus tout rencontrer dans la nature les affreux petits papiers roses qui si souvent déparent un site. Aussi les remplaçait-il autant que possible par les feuilles d’un arbre ou des herbes grasses. Avec parfois de mauvaises surprises, comme lors d’une randonnée au Kenya ou de douces pousses d’un vert tendre s’étaient révélées dix minutes après usage terriblement urticantes, ce qui l’avait conduit pendant deux jours à s’écarter précipitamment du groupe  à chaque étape, une cuvette d’eau dans les mains, pour chercher un endroit discret où calmer par un bain de siège prolongé d’exaspérantes démangeaisons.

Pas de risque de ce type ce jour-là : rien dans la végétation de maquis qui l’entourait ne pouvait se prêter, même avec la meilleure bonne volonté du monde, à un usage torcheculatoir. Il dut donc à son grand regret utiliser les fameux petits papiers dont il s’était muni par précaution. Il les rassembla ensuite de la pointe d’une branche morte, sortit un briquet et y mit le feu, en les maintenant soigneusement plaqués contre le sol jusqu’à ce qu’ils soient consumés. Il recouvrit ensuite ses excréments et les dernières bribes de papier noirci avec des pierres. Un coup d’œil le rassura avant de s’éloigner : il laissait bien l’endroit aussi propre qu’avant son arrivée, fidèle au « boutons l’ordure…» des Sinoples.

La randonnée devait gagner en trois journées de marche le Bois Sacré, un lieu méconnu des touristes faute de piste carrossable y menant, mais présenté par « Le Monde à pied » comme une des merveilles du monde. La matinée était bien avancée quand le départ fut donné. Au bout de quelques kilomètres, la colonne des marcheurs était déjà bien étirée. Tout naturellement des regroupements se faisaient et se défaisaient au rythme des arrêts et en fonction des affinités. Armand et Virginie avançaient de concert le plus souvent, Paule sur leurs talons. Au pique-nique prévu à l’étape de midi, ils se retrouvèrent tous trois assis sur le même rocher. Armand trouvait l’institutrice particulièrement collante, mais ne savait comment l’écarter sans impolitesse. Virginie semblait s’amuser de la situation, ignorant par moment Paule pour l’instant d’après lui adresser une phrase gentille, comme on lance une croquette à un bon chien pataud. Elle était invariablement calme et souriante, échangeant avec Armand des propos détendus et semblant l’écouter avec intérêt. Du coup, il sut se montrer amusant et même parfois brillant, sans tomber dans ce didactisme pesant qui souvent le rendait si ennuyeux.

A l’étape du soir, ils cherchèrent de compagnie un coin de bivouac qu’Armand inspecta sans y trouver le moindre déchet, y laissèrent leurs affaires et rejoignirent le groupe pour un dîner suivi d’une courte veillée autour d’un petit feu de camp soigneusement surveillé par Yamal. Armand sentait sur son flanc la chaleur de la hanche de Virginie, pelotonnée à son côté les bras serrés autour de ses genoux relevés pour combattre la fraîcheur de la nuit tombante. Le feu tournant a la braise, ils gagnèrent leur bivouac, pour constater que Paule s’était installée juste à côté d’eux. Armand maugréa mezzo voce qu’elle commençait à leur casser les pieds, ce qui lui valut un petit rire complice de Virginie en guise de réponse. Ils plongèrent sagement chacun dans son duvet.

Virginie s’endormit en se disant qu’elle trouverait bien une autre occasion la nuit prochaine. Elle était bien décidée à ne pas passer des vacances de nonne, et pensait qu’Armand pourrait parfaitement faire l’affaire. Cette fille si sage d’apparence recelait du feu sous la glace, comme ces blondes héroïnes d’Hytchcock impassibles et froides la moitié du film qui d’un coup affolent le jeune premier de service en se jetant à son cou. De méchants petits camarades de faculté l’avaient d’ailleurs surnommée sans trop d’imagination «  Miss collet monté, culotte baissée ». De son côté Armand passa une bonne partie de la nuit à rêvasser à sa voisine, ce qui conduisit cet écologiste à constater à son réveil une regrettable pollution.

La deuxième journée fut coupé par un bain de mer qui leur permit d’apprécier qui un torse musclé, qui des rondeurs fermes et pulpeuses plus mises en valeur que cachées par un très classique maillot de bain. Comme Virginie avait oublié de prendre une serviette, Armand lui tendit la sienne. Elle s’étonna qu’il n’ait pas profité de l’occasion pour lui proposer de l’essuyer. Elle le trouvait d’ailleurs un peu trop timoré, alors qu’elle avait créé plus d’une occasion qui aurait permis à plus entreprenant de poser un bras autour de ses épaule, de placer une main un peu bas pour l’aider à franchir un raidillon, ou tout simplement de lui dérober un baiser.

Elle décida donc, puisque ce godiche ne se décidait pas, à prendre elle-même le taureau par les cornes. A peine arrivée à l’étape du soir, elle partit en reconnaissance et découvrit une petite corniche moussue qui laissait juste la place de deux matelas. Pas de risque que Paule vienne les déranger. Elle y installa d’autorité ses affaires et celles d’Armand pendant que celui-ci aidait Yamal à ramasser du bois pour la veillée du soir. Veillée que Virginie écourta en soufflant à l’oreille d’Armand qu’elle avait envi d’aller se coucher, mais qu’elle n’avait pas pris sa lampe de poche. Ils quittèrent discrètement le groupe, éclairés par la torche d’Armand, Virginie prétextant ne rien voir dans le noir pour s’accrocher à lui.

Il lui fallut buter spectaculairement sur une pierre pour enfin tomber dans ses bras. Elle trouva qu’il embrassait mal, y mettant beaucoup trop de hâte, mais mit cela sur le compte d’une impatience prometteuse, comme elle prit pour une tentative d’humour un peu pesante la déclaration d’amour qui suivit, assortie d’une demande en mariage en bonne et due forme. Arrivée au bivouac, elle eu la surprise de le voir se glisser dans son duvet après un nouveau baiser. Elle entra dans le sien et eu droit pour tout assaut à un bras passé derrière la nuque. Incrédule elle entendit Armand délirer sur la beauté du ciel étoilé et lui désigner l’une après l’autre les constellations. Elle espéra encore qu’il s’agissait d’un jeu, crut qu’il y mettait fin quand il se pencha sur elle, mais n’hérita que du plus fade des baisers pré-conjugaux assorti de mots d’amour bredouillés ou il l’assurait qu’elle était celle qu’il attendait depuis toujours. Complètement effarée par tant d’ingénuité, elle lui tourna le dos après un rapide « bonne nuit », le laissant à ses rêveries heureuses de futur pater familias.

Quand il se réveilla, elle avait déjà décampé. Il la retrouva au petit déjeuner, mais elle plaisantait avec Yamal et les deux messieurs pacsés et il ne parvint pas à s’intégrer dans leur conversation. Toute la journée, Virginie marcha en tête avec Yamal et battit froid à Armand qui n’y comprenait plus rien. Il la suivait comme une ombre, toujours accompagné de Paule, mais n’en recevait que des rebuffades. Il ressassa avec un brin d’amertume le « souvent femme varie » de François Ier, puis pensa qu’il avait du l’effrayer en lui demandant abruptement sa main dès le premier baiser. Il décida de reprendre une cour moins hâtive et profita d’un moment d’isolement de Virginie pour tenter de retrouver avec elle le ton détendu du premier jour. L’ironie froide qui l’accueillit le fit aussitôt battre en retraite.

Les randonneurs arrivèrent au soir au Bois Sacré, but de leur voyage. Les rares guides imprimés qui en parlaient en disaient merveille, et ils ne furent en effet pas déçu. Les hauts cubes sculptés de tombes lyciennes se dressaient sous de gigantesques pins parasols au milieu d’un chaos rocheux. La mer clapotait à quelques pas de là. Le site paraissait être resté intact depuis l’antiquité. Yamal leur confirma que son isolement l’avait préservé du vandalisme au cours des siècles, et attira leur attention sur certaines particularités des conifères qu’on ne trouvait qu’à cet endroit.

Au dîner, Virginie s’assit entre Yamal et Paule. Armand dut trouver place un peu plus loin. Il avait proposé à Virginie de rechercher comme les soirs précédents un emplacement commun de bivouac, mais s’était entendu répondre qu’elle avait déjà disposé ses affaires à un endroit ou elle serait tranquille. Il se le tint pour dit et posa son matelas sous le premier pin disponible, aussitôt flanqué à quelques mètres par l’inévitable Paule.

Il dormit mal cette nuit là, cherchant vainement le moyen de reconquérir sa dulcinée. Réveillé dès le lever du jour, il s’habilla rapidement et partit flâner un peu au hasard. A deux cents mètres du camp, il discerna la tache bleue du duvet de Virginie à moitié dissimulé derrière un fourré. Il s’en approcha, contourna le rideau végétal et se figea de stupéfaction. Deux têtes de dormeurs émergeaient du sac de couchage. La seconde était celle de Yamal.

Pour couronner le tout, Armand aperçut à ses pieds un préservatif négligemment jeté au loin après usage sans aucun soucis de l’environnement. Il se pencha machinalement pour le ramasser, mais malgré tout ses principes de Sinople convaincu, ne put aller au bout de son geste. Il finit par faire demi-tour et partir droit devant lui.

Ce fut pour tomber de Charybde en Scylla. Un creux de terrain avait manifestement servi de toilettes à quelques randonneurs indélicats qui l’avaient jonché des fameux petits papiers roses ennemis. Armand sortit son briquet et mis le feu à une première feuille, à une seconde, à la suivante. Encore abasourdi par le spectacle qu’il venait de voir, il agissait machinalement, sans prendre garde à une petite brise qui s’était levée et soulevait les papiers enflammés. L’un d’eux vola dans un buisson qui commença à s’embraser. Armand se précipita et tenta d’étouffer les flammes en les piétinant, mais derrière lui d’autres foyers se multipliaient. Il ne sut pas comment Paule se retrouva soudain à ses côtés, tentant de l’aider à combattre l’incendie. Mais il était trop tard. Les aiguilles de pin crépitaient, un premier arbuste se transformait en torche. Paule dut tirer Armand en arrière pour le contraindre à fuir. Ils gagnèrent le camp en donnant l’alarme.

Le Bois Sacré brûla entièrement, et avec lui les bagages des randonneurs. Il n’y eut heureusement pas de victime, tout le monde s’étant réfugié sur la plage et le vent soufflant les fumées vers la terre. Un téléphone portable sauvé du désastre permit d’appeler des secours. Le soir même, le groupe était dirigé vers un hôtel de la ville la plus proche. Armand, complètement effondré, suivait Paule comme un enfant. Elle avait eu le temps de lui glisser qu’elle l’avait suivi depuis leur bivouac et l’avait vu allumer le feu mais qu’elle ne dirait rien.

L’enquête de gendarmerie conclut à une imprudence due le plus vraisemblablement à un fumeur. Les journaux turcs relatèrent l’affaire. Du coup la presse européenne, en mal d’actualité en cette période de vacances, s’empara de l’événement pour lancer une vaste polémique sur le tourisme destructeur de l’environnement. Un journaliste de « Libération », qui connaissait le Bois Sacré, dénonça avec une particulière férocité les crétins criminels qui avaient détruit une espèce unique de conifères et défiguré pour des années un des plus beaux endroits de la planète. Il rappela que non loin de là le temple de Diane à Ephèse, cette autre merveille du monde, avait été brûlé dans l’antiquité par un certain Erostrate, et conclut en déplorant que les Erostrate modernes échappent à toute punition.

Armand lut cet article dans l’avion qui le ramenait à Paris, Paule lovée contre son épaule. Il lui savait gré de ne pas l’avoir dénoncé, et n’avait pas su refuser son invitation à terminer avec elle ses vacances dans son village du Perche. Elle prenait depuis envers lui une attitude de propriétaire.

Le journaliste pouvait se rassurer. Une longue pénitence venait de commencer.

 

Poster une réponse