La fiancée du sénateur Garbe

 

L’avantage des auteurs anciens, c’est qu’on peut les plagier sans risquer un procès.

 

Qui croit cueillir les prémices passe souvent après les maraudeurs. Boccace a illustré le propos, et mieux encore le bon La Fontaine. Mais c’est trop citer les anciens, quand à souvenir d’homme vivant il suffit de conter l’histoire de cette fiancée d’un sénateur sud-américain qui donna en un mois huit prédécesseurs à son mari avant d’être épousée pour pucelle. Elle en a fait un jour les confidences à une amie qui me les a rapporté. Tant d’années ont passé qu’il n’est plus indiscret d’en écrire la chronique, à condition de dissimuler les vrais noms. J’en ai donc emprunté quelques autres au poète de Château-Thierry.

A dix-huit ans, Alaciel Menendez de Mañan avait reçu la plus classique des éducations réservées aux jeunes héritières des grandes familles latifundiaires d’Amérique Latine dans les années soixante du siècle passé. Jeux sages, catéchisme et messes avaient rythmé sa petite enfance, jusqu’au pompes d’une communion solennelle célébrée à onze ans en robe blanche brodée de fils d’argent, voile de dentelle et couronne d’oranger. A la rentrée suivante elle entrait comme pensionnaire dans la meilleure institution privée du diocèse, tenue comme il se doit par des religieuses, pour entamer des études qui  ferait d’elle moins une femme savante qu’une future maîtresse de maison accomplie. Elle en était sortie la veille de ses dix-sept ans, ravissante jouvencelle au type andalou, vite considérée comme la plus belle fille de la province de San Isidro dont son père était gouverneur.

Au grand bal donné par ses parents pour fêter à la fois son anniversaire et son entrée dans le monde, ses yeux noirs, la fraîcheur de son teint et la répartition harmonieuse de ses rondeurs attirèrent les regards de tous, et plus particulièrement l’attention intéressée de quelques célibataires bien nés et fortunés  qui envisageaient de faire une fin. Parmi eux, don Eusebio Garbe y Maranbo, un des plus jeunes sénateurs du pays qui, aux approches de la quarantaine, arrivait à l’âge ou il est séant de se ranger le temps de fonder une famille. Don Eusebio entama ce soir de bal une cour discrète et respectueuse, sous l’œil bienveillant du père d’Alaciel qui, appartenant au Parti Blanco au pouvoir, voyait sans déplaisir la perspective d’une alliance familiale avec un des espoirs du Parti Colorado, depuis peu dans l’opposition. Des guérillas castristes faisaient depuis quelques temps régner dans les campagnes une insécurité grandissante, et monsieur le gouverneur prônait un rapprochement entre les forces politiques traditionnelles pour faire face à ce danger commun .

Bref, le sénateur fit à quelque temps de là sa demande et fut bien accueilli. Une grande réception officialisa les fiançailles, le mariage étant fixé à six mois. Alaciel était aux anges. Même deux fois plus âgé qu’elle, son fiancé était un bel homme qui lui faisait une cour charmante. Elle se sentait envahir par un doux émoi quand il lui prenait le bras pour une promenade, bien entendu toujours en présence de tiers, ou quand il poussait la privauté jusqu’à lui voler entre deux portes un rapide baiser. Elle complétait ses connaissances sur la gent masculine en feuilletant des revues d’art et s’attardait sur les photos de celles des statuts antiques ou une feuille de vigne ne venait pas dissimuler deux drôles de petites boules et une virgule de chair. Pour le reste, sa science se limitait à des souvenirs de conversations chuchotées, ses compagnes de pensionnat combattant leur ignorance en échangeant de lit à lit des on-dit complétés par leur imagination. Certaines prétendaient que la nuit de noce l’homme se couchait nu sur sa femme et couvrait son corps de baisers. Une couventine de treize ans avait même affirmé que le mari enfonçait sa langue dans le nombril de son épouse, ce qui avait déclenché dans tout le dortoir un délicieux frisson de dégoût. Alaciel avait fini par comprendre que l’union se réalisait un peu plus bas, mais devrait attendre traditionnellement la veille de ses noces pour que sa mère lui en enseigne davantage.

Tant pour le prestige des deux familles que pour donner au mariage le plus de retentissement politique, il avait été prévu qu’il serait célébré en présence des plus hautes autorités de l’Etat dans la cathédrale de la capitale, ou devaient résider les nouveaux époux après un voyage de noce en Europe. Le sénateur possédait une vieille maison coloniale dans le quartier des ministères et avait invité sa fiancée à la réaménager entièrement à son goût. Il avait été convenu que pour ce faire Alaciel s’installerait quelques semaines chez une de ses tantes habitant à deux pas de là. Si bien qu’un beau matin elle fit dans la gare de San Isidro des adieux provisoires à ses parents et prit le train pour la capitale accompagnée d’une vieille cousine en guise de duègne.

Le voyage s’annonçait long : près de huit heures marquées de nombreux arrêts pour traverser quatre cents kilomètres de montagnes, de savanes et de forêts. Alaciel s’installa confortablement dans le salon des premières ou la rejoignirent quelques voyageurs. Parmi eux, un jeune officier qu’elle avait parfois aperçu au palais du gouverneur. Il vint la saluer courtoisement, lui rappela son nom, Inigo Hispal de Leon, et lui assura être à son entière disposition, comme à celle de sa cousine, pour toute la durée du voyage. Elle l’en remercia gentiment, sans imaginer à quel point elle allait devoir user de cette proposition.

A la première station, les passagers s’étonnèrent de la longueur de l’arrêt . Il ne prit fin qu’après l’arrivée d’un peloton de soldats qui se partagea entre les wagons de tête et de queue. Envoyé aux nouvelles, Inigo Hispal revint pour expliquer d’un ton qui se voulait rassurant que la guérilla avait lancé une petite offensive qui conduisait les autorités à prendre des précautions sans doute superflues. Et le train repartit, peinant à escalader une montagne avant de dévaler vers une plaine couverte d’une végétation dense.

L’embuscade les attendait là. Une explosion fit dérailler la locomotive et les premiers wagons. Heureusement les premières étaient au centre du convoi . Mais ce n’était qu’un court répit. Des coups de feu claquèrent de toute part, l’escorte ripostant comme elle pouvait. Hispal avait fait se coucher au sol les deux femmes et, pistolet au poing, tirait par la fenêtre sur les assaillants qui surgissaient de partout. La porte du compartiment salon sauta sous la poussée d’un groupe de guérilleros brandissant des mitraillettes et des machettes. L’un d’eux, un géant dépoitraillé, tira à lui Alaciel par les cheveux, la jeta sur son épaule et l’emporta au dehors. Elle eut beau hurler et se débattre, il dévala le remblai, gagna à quelques dizaines de mètres de la voie un coin d’herbe où il la jeta plutôt qu’il la déposa. Bien décidé de profiter sur le champ de l’aubaine, il lui tomba dessus et entreprit de l’écarteler sous lui.

Les tentatives de résistance d’Alaciel restèrent aussi vaines que ses supplications. Sa robe fut haut troussée, ses sous-vêtements écartés. Le géant baissait déjà son pantalon quand il eut un drôle de sursaut, resta un instant immobile et finit par rouler sur le côté. Hispal avait sauté du wagon par une fenêtre et était arrivé à temps. La dernière balle de son chargeur avait été pour l’agresseur. Il saisit la jeune fille par un bras et, sans écouter ses gémissements et ses pleurs, la contraignit à courir jusqu’au couvert proche de la savane. Comme elle peinait à avancer, ayant perdu une chaussure dans le tumulte, il finit par la prendre sur son dos pour continuer à s’éloigner du combat. Derrière eux, des coups de feu espacés marquaient la liquidation des derniers défenseurs.

Ils firent une courte halte quand ils furent certains d’être hors de danger. Hispal décida de s’écarter le plus possible de la voie de chemin de fer que devait contrôler la guérilla et de chercher à gagner un village. Alaciel tenta de marcher sans chaussure, appuyée au bras de l’officier, mais dut bientôt y renoncer. Galamment son compagnon déchira sa chemise en longues bandelettes dont il lui entoura les pieds en guise de protection. Il reprit la route le torse nu sous sa veste militaire, ce qui donnait à sa silhouette athlétique un côté aventurier auquel la jeune fille n’était pas insensible. Ils avancèrent ainsi dans une végétation de hautes herbes, de buissons épineux et d’arbustes rabougris. Régulièrement, les bandelettes se disjoignaient et Inigo ( elle ne l’appelait plus qu’ainsi) devait les remettre en place, ce qui le gratifiait à chaque foi de la vue et du contact d’une jambe faîte à ravir.

Ils ne trouvèrent à manger en route que quelques baies sauvages. La pluie les surprit à la tombée de la nuit et ils durent s’abriter sous un rocher en surplomb. Blottie contre l’officier pour se réchauffer, Alaciel s’accorda une crise de larme avant de s’endormir. Son compagnon subit jusqu’au lever du jour le supplice de Tantale : tenir entre les bras un tel morceau de roi sans s’autoriser à en assouvir sa faim.

Il leur fallut une nouvelle journée de progression lente en terrain accidenté pour arriver à une piste. Par précaution, l’officier abandonna sa veste militaire et continua torse nu, Alaciel trottinant à ses côtés dans une robe déchirée par les épineux. Ils gagnèrent ainsi à la nuit tombante un village de quelques centaines d’âmes, qui par chance possédait une auberge. Le patron à la vue de ces vagabonds pensa les jeter dehors mais changea d’avis quand Hispal lui montra deux diamants : les boucles d’oreilles qu’Alaciel venait de lui confier.

Du coup, ils eurent droit à un solide repas et à la plus belle chambre. Ils s’étaient prudemment présentés comme un couple d’instituteurs victime d’un accident de voiture et s’étant égaré en cherchant du secours. L’aubergiste leur apprit que la radio avait annoncé une vaste offensive de la guérilla dans tout le pays. Plusieurs villes de province étaient tombées, dont un chef-lieu à moins de cinquante kilomètres de là. Du coup le maire, les deux gendarmes et le curé avaient pris la fuite. Depuis quelques heures l’électricité était coupée. Le village étant situé à l’écart des grands axes, au bout d’une piste en cul-de-sac, ni militaires ni rebelles n’y avait pour l’instant mis les pieds et personne n’était en mesure de dire quelle faction dominait la région.

Alaciel n’avait pas attendu la fin de ces explications et était partie se coucher, totalement épuisée. Quand Inigo la rejoignit une bougie à la main, elle dormait profondément. Il hésita à passer la nuit sur une chaise bancale, seule option au lit, et finit par se glisser sous les draps à son tour. La couche étant étroite, il dut supporter pour la deuxième fois l’exquise torture d’un corps chaud et moelleux mais hélas interdit serré contre lui avant de s’endormir à son tour.

Alaciel fut réveillée au petit matin par la poussée contre sa hanche d’une barre rigide et tiède. Elle se demanda comment ce corps étranger était entré dans le lit et l’empoigna pour l’écarter, réveillant du coup son voisin qui, se sentant saisi avec une telle détermination, en oublia tous ses scrupules. S’en suivit une mêlée confuse, au cours de laquelle la jeune fille découvrit des proportions masculines très supérieures à celles de ses statuts antiques ( il y manquait le dieu Priape), son compagnon de lit en faisant un usage éhonté que ses camarades de couvent n’auraient jamais oser imaginer. Hispal sut mener avec ménagement ce premier assaut qui la laissa un peu chiffonnée mais déjà émue. Par bienséance, elle pleurnicha un peu sur sa vertu perdue. Il s’en excusa par une pluie de baisers, suivie d’une nouvelle étreinte qui lui fit voir un coin de ciel. La troisième fois la transporta au paradis. Le soleil était haut dans le ciel quand ils se décidèrent à quitter la chambre après avoir couru cinq postes.

Elle eut d’abord quelques remords à la pensée du fiancé trahi, mais la situation extraordinaire ou elle se trouvait ne lui donnait-elle pas toutes les excuses ? Elle n’y pensa bientôt plus, trop occupée à se procurer de nouveaux vêtements et à explorer avec Inigo les alentours en une longue promenade amoureuse, interrompue par une délicieuse halte  sur un coin d’herbe tendre. La seconde journée se déroula de même. Faute d’électricité les radios ne fonctionnaient pas et aucune nouvelle du reste du pays ne venait troubler leur doux tête-à-tête.

Mais on ne peut passer sa vie au lit, et arpenter sans but le reste du temps les ruelles d’un pueblo perdu finit par lasser. Au soir du troisième jour, Hispal décida d’aller chercher des secours. Il engagea les boucles d’oreille à l’aubergiste, en tira une belle somme qu’il remit à Alaciel, ne gardant que de quoi acheter un cheval et, après une nuit d’adieu que je vous laisse imaginer, partit au petit matin. La jeune femme passa les jours suivant à feuilleter les livres que lui avait prêté l’institutrice, une jolie métisse au type indien prononcé avec laquelle elle s’était liée. Jusqu’au soir ou elle entendit un bruit d’hélicoptère.

L’appareil atterrit  sur la place du village. Le pilote, un grand blond à la moustache conquérante, était seul à bord. Il gagna l’auberge et demanda à rencontrer la senõra Mendez, le nom d’emprunt sous lequel Hispal s’était fait inscrire. Il eut un choc à la vue de la beauté qui descendit le rejoindre dans la salle commune et, la dévorant des yeux, se présenta comme le lieutenant Santiago Lorca. En quelques phrases il lui résuma l’odyssée d’Hispal. Après deux jours de route, il était arrivé dans un village que se disputaient un détachement de l’armée et une bande de guérilleros. Il avait rejoint les militaires et avait malencontreusement reçu dans la bataille une balle dans le thorax. La blessure n’était pas mortelle, mais il avait du être évacué vers l’arrière. Par chance, l’hélicoptère de secours était piloté par lui, Lorca, un vieux camarade de régiment. Hispal avait avant de s’évanouir réussi à lui arracher la promesse de voler au secours d’Alaciel après l’avoir déposé à l’hôpital.

Lorca avait d’abord pensé repartir immédiatement, mais il était tellement séduit par les charmes d’Alaciel qu’il prétexta de la nuit proche pour remettre au lendemain son départ. Invitée à dîner, la jeune femme dut supporter une cour torride qu’elle repoussa d’abord avec amusement. Cet amusement fit place à de l’indignation quand il la raccompagna jusqu’à sa chambre et tenta d’y entrer derrière elle. Pour qui ce Santiago la prenait-elle ? Certes, il était beau garçon et venait pour la sauver, mais de là à lui céder aussi facilement ! Elle lui claqua la porte au nez et tira le verrou.

Il la retrouva au petit déjeuner pour lui annoncer que l’hélicoptère était en panne et que la réparation lui prendrait bien la journée. Il était toujours aussi empressé, elle bien décidée à ne rien lui accorder. Mais elle eut la surprise de l’entendre lui annoncer d’un ton tragique qu’il était tellement fou d’elle qu’il ne lui resterait plus qu’à mourir si elle ne répondait pas à son amour. Elle en rit, comme elle rit de nouveau quand il réitéra ses déclarations à l’heure du déjeuner. Elle le quitta au café pour la sieste traditionnelle sous ces latitudes.

Elle était à peine couchée qu’on toqua à la porte. Sans attendre une réponse le lieutenant Lorca entra dans la pièce revolver au poing. Alaciel sauta sur ses pieds avec un cri d’effroi. Il lui assura qu’elle n’avait rien à craindre, mais qu’elle allait constater qu’elle avait eu tort de ne pas le prendre au sérieux. Si elle continuait à se refuser à lui, il allait sous ses yeux jouer à la roulette russe jusqu’à ce qu’elle change d’avis ou que saute sa cervelle.

Incrédule, Alaciel le vit introduire une balle dans le barillet, le faire tourner du plat de la main et braquer le revolver sur sa tempe. Il prononça calmement «  alors, c’est toujours non ? » et comme elle ne répondait pas appuya sur la détente. Le percuteur frappa une alvéole vide avec un cliquetis  sec. Alaciel tomba assise sur le lit, les jambes coupées. Santiago fit à nouveau tourner le barillet (deux fois, la première ayant fait apparaître le minuscule point de repère qui lui signalait la seule zone dangereuse), posa de nouveau le canon sur son front et tira. Nouveau déclic.

D’un ton encore apeuré mais déjà ironique Alaciel lui demanda si tout cela n’était pas une comédie et s’il n’avait pas tout simplement approvisionné avec une cartouche à blanc. Pour toute réponse, le lieutenant braqua l’arme vers le plafond et appuya sur la détente jusqu’à ce que claque une balle qui fit  sauter un gros morceau de plâtre. Comme il rechargeait tranquillement, elle le supplia d’arrêter. Il lui rappela ses conditions, prit son silence pour un acquiescement, obtint un baiser, puis un autre, puis autre chose encore. Quand on cherche à sauver un désespéré, il n’y faut pas de réticence, et Alaciel se montra pendant le reste de la sieste une excellente thérapeute. Pour s’assurer de la guérison, elle laissa même Santiago renouveler le traitement après complet succès d’une première cure. Elle pensait sagement que deux précautions valent toujours mieux qu’une, surtout après avoir découvert que le lieutenant Lorca n’avait rien à envier au capitaine Hispal sous un certain rapport.

Elle dormait quand son nouvel amant la quitta pour refaire ses forces au bar avec un verre de rhum. Le patron l’interrogeant sur l’origine du coup de feu, il eut la muflerie de lui révéler sa bonne fortune et surtout comment il avait procédé. Dieu merci, Alaciel n’en sut rien, sa pudeur en eut trop souffert ! Quand elle descendit à son tour, Santiago lui annonça que l’hélicoptère serait prêt à partir le lendemain matin, ce qui lui laissait le loisir de continuer à lui sauver la vie pendant toute une nuit.

Mais il était bien aventureux dans ces temps difficiles de laisser si longtemps un hélicoptère militaire en pleine vue sur une place de village. La guérilla avait sur place ses informateurs. Au petit jour une de ses bandes investit le pueblo. Elle était menée par le compañero Padre Marcos, un gros petit curé défroqué arborant une barbe fleuve en l’honneur du Lider Maximo et célèbre jusqu’à Saint Germain-des-Prés pour un opuscule de théologie de libération sobrement intitulé « De la machette comme instrument christique de lutte des classes ». Il n’y eut aucune résistance. L’auberge fut envahie, la porte d’Alaciel forcée. Le Padre Marcos eut le temps de se régaler du spectacle de sa nudité avant qu’elle ne réussisse à s’enrouler dans un coin de drap. Pendant ce temps Santiago était saisi et emmené pour une destination inconnue dont il ne revint d’ailleurs jamais. Autant pour la préserver que pour se la réserver, Marcos boucla Alaciel dans sa chambre, empocha la clé et descendit au bar célébrer sa victoire et la capture de l’hélicoptère, destiné à devenir le premier appareil aérien de l’armée révolutionnaire si toutefois il s’y pouvait trouver quelqu’un capable de le piloter.

Le patron offrit pour se concilier les nouveaux maîtres tournées générales sur tournées générales. Egayé par un trop plein de rhum, Marcos l’entreprit sur la belle du premier étage. Il en apprit les aventures, et en particulier l’histoire de la roulette russe. Aussi émoustillé qu’éméché, le Padre regagna la chambre d’Alaciel qui comme la veille vit sa porte poussée par un homme brandissant un revolver. Ce fut pour l’entendre prononcer le verdict de la justice populaire : elle avait laissé un malheureux risquer sa vie en tardant à accéder à ses demandes. En foi de quoi elle était condamnée à courir à son tour les mêmes aléas, sauf à accorder les mêmes faveurs. Et Marcos introduisit une unique cartouche dans le barillet de son revolver, le fit tourner comme une toupie, pointa l’arme sur Alaciel et fit mine d’appuyer sur la détente.

Elle tomba aux genoux du petit barbu en le suppliant de l’épargner. Marcos trouva la position bienvenue et la saisit aux cheveux. Alaciel se crut revenue des années en arrière, ces soirs d’Assomption ou les élèves du couvent venaient l’une après l’autre s’agenouiller devant le gros aumônier don Garcia, qui brandissait au-dessus de chaque adolescente une vierge d’ivoire avant de la saisir à la nuque et de frotter contre ses lèvres la tête arrondie de la statut. L’objet qu’arborait le Padre d’aujourd’hui avait à peu près la même taille et le même poli. Elle n’osait protester, trop surprise par ce qui lui arrivait. Sans compter que depuis sa petite enfance on lui avait seriné qu’il était malséant de parler la bouche pleine.

Elle se retrouva en terrain plus connu quand, changeant de jeu, Marcos la culbuta très classiquement sur le lit. Les yeux au plafond, elle supporta d’abord l’assaut avec résignation, découvrit ensuite qu’un petit gros un peu répugnant pouvait se montrer aussi performant qu’un beau caballero, avant d’en conclure que contrairement à ses préjugés anciens la révolution prolétarienne ne présentait pas que des inconvénients. Quand Marcos eut mené sa course jusqu’au bout, il l’enferma de nouveau dans sa chambre en lui annonçant sa visite pour la nuit. Elle réussit sans trop de mal à se résigner à cette perspective nouvelle d’union entre les classes.

Mais le destin en avait décidé autrement. En fin d’après-midi, Alaciel fut tirée du livre qui la divertissait de sa captivité par des crépitements d’armes automatiques suivis d’explosions d’obus de mortier : un régiment parachutiste avait repéré la bande de Marcos et attaquait le village. Les forces étaient disproportionnées et le combat fut violent mais bref, d’autant plus que le rhum avait fait des ravages dans les rangs des défenseurs. Quelques guerilleros réfugiés dans le bar de l’hôtel furent hachés par des éclats de grenade qui n’épargnèrent pas l’aubergiste, surpris au moment ou il risquait une tête curieuse au dessus de son comptoir. Le Padre Marcos tenta bien de s’échapper avec une poignée d’hommes  mais il fut rattrapé et fusillé sans autre forme de procès contre un mur de grange. Il y gagna une gloire posthume auprès des élites pensantes européennes. Sa photo fit la première page de la revue « Témoignage Chrétien » et les éditions Maspero publièrent sur son parcours révolutionnaire une remarquable étude intitulée «  Le Bon Pasteur et le Campesino: l’Evangile selon Marcos ». L’ouvrage eut droit aux éloges du « Monde diplomatique » et les diverses bibliothèques publiques en acquirent douze mille, qui vinrent s’ajouter aux cinquante-sept exemplaires vendus dans le grand public.

Mais revenons à notre héroïne qui écoutait avec plus d’indulgence que de crainte le tumulte de ces jeux masculins. Elle prit le temps de se maquiller et de se coiffer, choisit la plus affriolante des tenues que lui avait confectionné la couturière du village et attendit la suite des évènements. Quand on tambourina à sa porte, elle cria qu’elle était prisonnière. Un coup de crosse vint à bout de la serrure et elle fut littéralement portée par quelques soldats excités jusqu’à un grand homme maigre aux cheveux gris coupés ras qui arborait des galons de colonel. De son ton le plus mondain, Alaciel se présenta comme la senõra Mendez, échappée de peu à l’attaque du train et capturée le matin même par le Padre Marcos qui, Dieu merci, s’était contenté de la tenir aux arrêts dans sa chambre. L’aubergiste n’était plus en mesure de compléter ce récit, et elle fut d’autant plus crue par le colonel qu’il ne l’écoutait que distraitement, fasciné par les perspectives que lui révélait l’échancrure d’un corsage mal boutonné. Il lui proposa galamment de regagner sa chambre le temps pour lui de vérifier que tout danger était écarté, ordonna de poster un planton devant sa porte pour la protéger des tentations soldatesques et prit congé en lui baisant la main. Avant de quitter l’auberge il désigna une corvée pour la nettoyer des cadavres et du sang et pour la mettre en état d’y tenir le soir même un grand banquet de victoire. Puis il alla benoîtement faire donner le coup de grâce aux prisonniers blessés que sans cette précaution ses hommes n’auraient pas manqué de tourmenter.

Les officiers du régiment avaient été avertis que le dîner aurait une invitée d’honneur. Ils s’y présentèrent rasés de frais et en grande tenue. Quand Alaciel parut dans l’escalier, ravissante dans une robe blanche barrée d’une ceinture corail, ils se dressèrent d’un seul mouvement autour de la table décorée de fleurs et éclairée de multiples bougies. Le colonel fit s’asseoir la jeune femme à sa droite et lui demanda l’autorisation de porter un toast à sa beauté. Douze coupes vidées cul-sec volèrent vers les murs, accompagnées par douze claquements de talons. Les ordonnances distribuèrent d’autres verres pour un deuxième toast en l’honneur du régiment. Invitée à y participer, Alaciel pensa s’étrangler tant l’alcool était vigoureux. Elle n’avait jamais bu plus qu’une flutte de champagne, ce qui suffisait d’ailleurs à lui faire tourner la tête. Mais elle n’osa refuser de s’associer aux toasts qui se succédaient à la gloire de la République, des héros et des dames. Quand enfin on servit le dîner, le colonel veilla à ce que son verre ne restât jamais vide. Vite égayée, puis un peu grise, puis complètement saoule, Alaciel n’arrêtait pas de pépier et de rire à la grande joie des officiers. Au dessert, elle titubait sur sa chaise. Quand vint l’heure des cigares et du café, elle avait complètement sombré.

Le colonel renvoya tout son monde après avoir donné ses ordres pour le lendemain, prit la dormeuse dans ses bras et la monta dans sa chambre. Il la déshabilla, la coucha et, la rejoignant dans le lit, fit d’elle tout ce qu’il voulut. J’entends d’ici retentir les cris d’indignation des bons apôtres. Quoi, abuser de Vénus endormie ? Ceux qui protestent ainsi n’ont jamais vu Alaciel nue. N’importe quel mâle utilement membré et n’arborant pas le drapeau arc-en-ciel aurait à ce spectacle agi comme le colonel, à qui je me garderai bien de jeter la première pierre.

Un rayon de soleil, le chant des oiseaux et un solide mal de crâne réveillèrent Alaciel, qui découvrit par la même occasion qu’elle n’était pas seule dans son lit. Le colonel, qui ne dormait plus depuis un bon moment, ne lui laissa pas le temps de s’en étonner et repartit à l’assaut en homme sûr de son droit. Comme elle protestait, il feignit de s’étonner qu’elle refuse maintenant ce que la veille elle accordait de bonne grâce. Les souvenirs de sa nuit d’ivresse étaient trop flous dans la tête dolente de sa compagne pour qu’elle se risque à le contredire. Elle le crut, se dit qu’après tout une première fois excusait la seconde et s’abandonna en pensant toutefois que trois hommes différents en vingt-quatre heures, cela commençait à faire un peu beaucoup.

Il faut dire à la décharge de sa vertu qu’elle s’en tint là les jours qui suivirent. Le colonel avait trouvé dans l’auberge bon gîte et bon lit et avait donc décidé d’ installer au village son quartier général. De là partaient des patrouilles qui battaient les alentours à la recherche des rebelles et se faisaient parfois accrocher. Alaciel visitait les blessés et présidait au mess des officiers. Elle était devenue la mère du régiment dont le père, je veux dire le colonel, menait avec elle une vie sagement conjugale. Au point que comme tout mari il commença après quelques jours à regarder autour de lui. Son second avait le plus grand succès auprès d’une servante de l’auberge dont la chute de rein et le corsage bien rempli aurait damné un saint. Le colonel la trouva à son tour tellement appétissante qu’il sollicita un prêt. Il se vit proposer en réponse un échange et topa là. Le régiment avait reçu son ordre de marche et devait partir le lendemain. Les deux complices profitèrent de cette dernière nuit pour quitter chacun la couche de sa compagne et se glisser à la place encore chaude que l’autre avait laissé. Alaciel, déjà honorée une première fois par le colonel, admira qu’il ait retrouvé si vite tant de vigueur, et si réitérative. Elle s’étonna aussi de le trouver plus lourd et plus velu. Le jour se levant révéla la supercherie. Elle poussa les hauts cris mais il était bien tard. L’adjoint avait été élève des Jésuites. Il mit tout ce qui lui en restait de dialectique et de casuistique à prouver à la jeune femme qu’elle n’avait rien à se reprocher, que lui même n’avait fait qu’obéir aux ordres et que seul le colonel était fautif. Le mieux restait de s’en venger en lui ornant le front en toute connaissance de cause. L’habileté de son discours, et aussi le souvenir de certains talents dont il avait su faire preuve, finirent par convaincre Alaciel qui accorda de bonne grâce au nom de la loi du talion ce qu’on était d’abord venu lui dérober. L’officier décampa après ce coup de l’étrier. La jeune femme s’était rendormie, bien décidé à son réveil à dire son fait au colonel. Mais quand elle émergea du sommeil, la matinée était bien avancée, l’auberge vide et le régiment loin.

Elle resta encore une semaine dans le village avant de trouver le moyen de s’en échapper de la façon que je conterai en son temps. Certains ont prétendus qu’elle en profita pour y multiplier les aventures. C’est là pure calomnie, et vouloir transformer en Messaline l’innocente victime d’un destin capricieux. Je maintiens qu’elle ne donna que huit prédécesseurs à son mari, les cinq que j’ai dit et les trois que l’on saura bientôt. Vouloir ajouter à cette liste relève de l’intention maligne.

Passons donc au sixième. Le village possédait une forge où opérait Anton,un maréchal-ferrant catalogué de longue date comme le satyre du canton. Il avait d’ailleurs du faune les yeux inquisiteurs, le nez crochu et la lippe gourmande et moqueuse. Quand la chaleur lui faisait ôter sa chemise devant son enclume, son torse velu ajoutait au tableau au point que plus d’une en était tentée de vérifier si sa botte ne cachait pas le sabot d’un chèvre-pied. Peu de beautés locales avaient résisté à ses avances, et il en était de même de quelques éphèbes. Notre charron de village passait avec une totale absence de préjugé d’un embarquement pour Cythère à une visite à Sodome et aurait tout aussi bien exploré Gomorrhe si quelqu’un avait été en mesure de lui expliquer quelles sortes de délices s’y pratiquaient. Mais le Livre de la Genèse est hélas resté muet sur ce point.

Anton avait été comme tous les mâles des alentours frappé par la beauté d’Alaciel, mais l’objet de ses désirs étaient pour le moment la petite institutrice métisse dont notre héroïne avait fait sa confidente. Il lui déclarait sa flamme de la manière la plus directe, voire la plus crue, chaque fois qu’il la croisait. La belle en était troublée, la réputation de son soupirant jouant dans le même moment contre lui et en sa faveur, mais elle n’avait encore rien accordé.

Une après-midi passée l’heure de la sieste elle remettait un peu d’ordre dans la salle de classe quand Anton l’aperçut par la fenêtre et décida de profiter de l’occasion. Il la rejoignit et, plutôt que de prendre le risque d’un nouveau refus, monta gaillardement à l’assaut. L’institutrice se débattait en criant à l’aide, pas trop fort il est vrai mais cependant assez pour qu’Alaciel arrivant pour lui rendre un livre l’entendît. Elle se rua sans réfléchir au secours de son amie au moment ou celle-ci allait succomber.

Si la belle assaillie en eut quelque regret, l’histoire ne le dit pas. Par contre Anton était fou de colère de se voir comme Abraham sur la rocher arrêté par une apparition angélique au moment de consommer le sacrifice. Tout autre que ce païen en eut été édifié. Bien au contraire, le mécréant ferma la porte à double tour et annonça à ses captives que, puisqu’elles étaient maintenant deux, il allait les honorer l’une et l’autre, dut-il pour cela les attacher à tour de rôle. Les jeunes femmes se récrièrent d’une seule voix. Il finit par leur accorder sa grâce pour l’une d’entre elles, en les laissant libres du choix.

On eut alors affaire au plus émouvant des concours de générosité, chacune offrant de se dévouer pour que son amie soit épargnée. Il fallut enfin recourir au sort. Alaciel perdit, ou gagna, je ne sais. Toujours est-il que l’institutrice sortit. Pour ajouter au piquant du moment, le maréchal-ferrant eut la fantaisie de satisfaire en une fois son goût commun des filles et des garçons. Entreprise d’une manière toute nouvelle pour elle, Alaciel crut d’abord à une erreur et la signala avec un peu d’humeur. Elle dut bien constater que le faune persistait à s’engager dans une voie qu’elle aurait pensé à tous les sens du mot inconcevable. L’école est un lieu d’apprentissage, même dans un village isolé, et elle sortit au bout d’une heure de la salle de classe bien plus savante qu’en y entrant.

A deux jours de là, comme elle rêvassait dans sa chambre en se demandant si elle devrait rester jusqu’à la fin des temps dans ce lieu du bout du monde, son attention fut attirée par un bruit de moteur. C’était jour de marché. Elle n’y avait vu depuis son arrivée que des charrettes de maraîchers. Cette fois elle aperçut de sa fenêtre un superbe camion qui se garait. Il était conduit par un marchand ambulant libanais qui allait de bourg en bourg proposer une quincaillerie hétéroclite. Alaciel pensa que l’occasion qu’elle attendait depuis longtemps s’offrait peut-être enfin. Elle attendit la fin du marché pour contacter le marchand qui lui décrivit sa future tournée qui devait le mener en une semaine à la capitale. Comme elle lui demandait de l’emmener, elle s’entendit répondre qu’il prenait souvent des passagers payants mais que s’agissant de jolies filles, le règlement se faisait en nature. Alaciel fit un peu la moue à l’énoncé de ce tarif. Mais comment laisser passer une telle occasion d’échapper enfin à ce trou perdu? Elle discuta le prix, convint finalement de deux versements quotidiens avec report éventuel sur le jour suivant du crédit ou du trop perçu. Le marché conclu sur ces bases, un acompte fut aussitôt versé sur la banquette arrière du camion. Le temps ensuite de récupérer discrètement quelques vêtements à l’auberge et elle était prête. Le moteur tournait déjà. Elle quitta les lieux sans l’ombre d’un regret.

A la première étape ils furent rejoints par un deuxième passager, un grand mulâtre qui avait aussi à faire à la capitale et qui les égaya pendant tout le trajet de ses saillies joviales. Les quatre premiers jours se déroulèrent sans incident. Ils allaient de marché en marché, se renseignant pour éviter les zones de combat qui paraissaient d’ailleurs se résorber, l’armée reprenant partout le dessus. Alaciel s’acquittait scrupuleusement du prix de son passage et en tenait consciencieusement les comptes, aussi préoccupée d’honorer ses engagements que de ne pas les excéder. Bref, la satisfaction était générale et ils pensaient atteindre la capitale trois jours plus tard quand sur une petite route de campagne le camion fut pris sous des tirs croisés qui firent exploser le pare-brise. Militaires, guérilleros, brigands de grand chemin ? Ils ne le surent jamais. Le marchand avait lancé le camion dans une course folle et ne s’arrêta que largement hors de portée. Les deux autres virent alors qu’il avait été touché.

Le mulâtre prit le volant pendant qu’Alaciel essayait d’arrêter l’hémorragie. Mais la blessure était mortelle. Avant de passer de vie à trépas, le marchand eut le temps de léguer au mulâtre qu’il avait pris en amitié ce qu’il avait de plus précieux, son camion et le solde d’une certaine dette. Son héritier l’enterra pieusement au bord de la route. La nuit tombant, il décida de faire étape sur place. Un solide repas et quelques verres de rhum réconfortèrent Alaciel. Pour le reste, elle n’était pas assez juriste pour contester la validité d’un transfert d’obligation sans l’aval préalable du débiteur et s’en accommoda de bonne foi, cette nuit et les jours suivants.

Que les moralistes se rassurent : ce huitième chevalier servant serait bien le dernier. Il l’escorta comme convenu jusqu’à la capitale et lui fit ses adieux à un pâté de maison de la demeure de sa tante. Je laisse deviner l’émotion de la bonne dame en retrouvant sa nièce que l’on croyait perdue depuis tout juste un mois.

Alaciel lui fit le récit de ses aventures, et comment s’échappant du train elle avait été recueillie dans une ferme isolée par une vieille paysanne qui l’avait prise en amitié et avait attendu que passe près de chez elle la voiture d’un neveu de toute confiance pour la laisser regagner la ville. Malheureusement elle avait oublier de se faire préciser le nom de la ferme et serait bien en peine de la retrouver.

Qu’importaient ces détails. Après une nuit de repos bien  méritée, Alaciel reçut la visite de son fiancé et le soir même serrait dans ses bras ses parents accourus de San Isidro. Le mariage avait été initialement fixé à quinze jours de là. Il fut décidé de ne pas le décaler, ne serait-ce que pour montrer à la guérilla que la vie continuait et qu’elle avait échoué à désorganiser le pays.

Ce fut une magnifique cérémonie et jamais on ne vit plus belle fiancée conduite par son père à l’autel dans le blanc virginal de sa robe de mariée. L’archevêque bénit les anneaux en présence du Président de la République et de tout ce qui comptait dans les Partis Blanco et Colorado qui fêtaient ce jour là leur réconciliation. Alaciel avait rougi et versé quelques larmes quand la veille au soir sa mère lui avait révélé la nature des assauts qu’elle aurait à subir du sénateur. Après une fastueuse réception, elle suivit docilement son mari dans la chambre nuptiale. Il eut la courtoisie d’aller finir sur le balcon son cigare pendant qu’elle se déshabillait discrètement et se couchait. Il la rejoignit, la prit dans ses bras. La jeune fille poussa quelques gémissements de douleur quand il la rendit enfin femme.

Couchée auprès de son mari endormi, Alaciel savait que leur union serait bientôt féconde. Un certain phénomène féminin ne s’était pas produit à la date prévue et une naissance s’annonçait. Elle se demandait auquel des huit prédécesseurs du sénateur elle devait ce souvenir. Faute de pouvoir le deviner elle décida d’appeler l’enfant Octave. Ou Octavie si c’était une fille.

 

Encore merci à Jean de La Fontaine et à sa Fiancée du Roi de Garbe que je vous invite à relire.

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