Lucile et Nicolas

Lucile

ou le destin singulier d’une petite fille des Enfants Trouvés de Paris (1769-1840)

 

– Enfance reconnue, enfants abandonnés.

 

Le dernier tiers du XVIIIème siècle en France n’est pas seulement celui des bouleversements politiques. C’est aussi celui de l’évolution accélérée de la plupart des valeurs publiques et privées. Philippe Ariès et Elisabeth Badinter ont largement traité le thème de l’enfant jusqu’alors sans place spécifique, sinon marginalisé, et mis désormais au centre de la famille[1].

 

Encore ne faut-il pas confondre cette sensibilité nouvelle et celle d’aujourd’hui. Si le nouveau-né est mieux accueilli, s’il peut même être chéri, il n’est pas forcément initialement souhaité, à l’exception du fils aîné qui poursuivra la lignée. Rien de construit autour de ce que notre siècle appelle le désir d’enfant. L’adoption n’existe pas sous l’Ancien Régime, et quand elle apparaîtra dans le Code civil se sera pour transmettre à un adulte le nom et la fortune. Il faudra attendre 1923 pour qu’elle s’étende aux mineurs. Certains couples de l’ère des Lumières ont pu élever l’enfant d’un tiers, mais il s’est agi très généralement d’un jeune parent accueilli ou recueilli, reconnu comme tel et non réputé enfant de substitution.

 

Par ailleurs, cette époque qui réévalue l’enfant est aussi celle où il est massivement abandonné. L’avortement est alors pour la mère à la fois un risque vital et un crime capital. Beaucoup de jeunes femmes attendent la naissance pour se débarrasser du bébé encombrant, le plus souvent sur un parvis d’église. On compte en moyenne à Paris plus de cent abandons de ce type par jour autour de 1770, pour s’en tenir aux nourrissons qui ont été recueillis vivants[2]. L’exemple de la progéniture de Rousseau est illustre, comme celui de d’Alembert[3].

 

Ces nouveau-nés à peine trouvés sont entassés sur des carrioles et conduits par tous les temps chez des nourrices dont certaines habitent à plusieurs journées de marche. La mortalité est énorme, les trois quarts n’atteignent pas un an d’âge. Une fois sevrés ils sont recueillis par une institution charitable où on leur apprend dans l’inconfort un métier manuel. « Je sais que ces enfants ne sont pas élevés délicatement, tant mieux pour eux, ils en deviennent plus robustes, on ne leur donne rien de superflu mais ils ont le nécessaire, on n’en fait pas des messieurs mais des paysans et des ouvriers » écrit Rousseau à propos des siens[4]. Point de vue un peu optimiste : si certains garçons deviennent à l’âge adulte journaliers ou artisans, beaucoup seront enrôlés d’office dans les armées du roi ou viendront grossir les rangs des marginaux urbains. Même chose chez les filles, qui deviennent au mieux servantes ou ouvrières, ou tombent dans la prostitution.

 

Enfant abandonné, enfant recueilli, enfant choyé : c’est entre ces pôles que vont s’inscrire sous Louis XVI les enfances d’une petite fille à la position sociale incertaine et au destin singulier.

 

 

 

 

I Marie-Catherine Desroches avant Lucile

 

 

– L’Hospice des Enfants-Trouvés

 

 

Wassy est une bourgade de Champagne surtout connue pour le massacre de 1562 qui marqua le début des guerres de Religion. Le 16 juillet 1769 Louise Nicaise des Roches, fille de Jacques Nicaise dit Desroches, maître drapier, y donne le jour à une petite Marie-Catherine aussitôt baptisée dans l’église paroissiale. Le père n’est pas nommé à l’acte : le bébé est un enfant naturel[5]. La petite bâtarde a dû être mise en nourrice mais est assez solide pour survivre à l’hécatombe infantile de l’époque. Les convenances conduisent à l’écarter : elle est confiée à quatre ans à l’Hospice des Enfants-Trouvés de Paris.

 

C’est une création pieuse de saint Vincent de Paul qui a vocation à recueillir les enfants abandonnés. Ils y sont élevés vaille que vaille par des religieuses assistées par des femmes de service qui font ce qu’elles peuvent mais succombent sous le nombre : la petite Desroches est l’un des six mille enfants arrivés en 1773. Leurs conditions d’existence sont difficiles : sans même parler du déficit affectif, l’entassement et l’hygiène génèrent une mortalité élevée, surtout chez les plus petits.

L’hospice est administré bénévolement par des personnalités réputées pour leur piété. On trouve parmi elles Geoffroy Chalut de Vérin, un grand personnage à la ville et à la cour : fermier général, maître d’hôtel de la reine Marie-Antoinette, trésorier de sa belle-sœur la comtesse de Provence, pour ne retenir que quelques unes de ses charges. Après plus de trente ans de mariage avec Elisabeth Varanchan, sœur d’un autre fermier général, il n’a pas de descendance quand l’Emile de Rousseau vient de mettre l’enfant à la mode. Marie-Catherine est une gracieuse gamine. Chalut et sa femme la repèrent, s’en entichent et l’accueillent chez eux en 1775. L’année suivante ils s’engagent dans un acte passé avec les Enfants Trouvés à veiller à l’éducation de la fillette et à lui assurer à vie une rente de 300 livres[6]. L’adoption d’un mineur n’existant pas à l’époque[7] cet acte en tient lieu en pratique. Il y est prévu que la mère naturelle pourra si elle le désire récupérer la fillette, mais à condition de renoncer au versement de la rente : respect des formes, la mère gardant un droit sur son enfant, mais dans le contexte clause de pure forme.

 

Marie-Catherine quitte les Enfants Trouvés pour être élevée dans un hôtel particulier place Vendôme. Du jour au lendemain Cendrillon est devenue princesse.

 

 

 

 

– Les parents nourriciers

 

Les nouveaux parents de Marie-Catherine sont déjà âgés quand ils la recueillent : soixante-dix ans pour Chalut, cinquante-sept pour son épouse. Voici en quelques mots leur histoire.

 

Geoffroy Chalut est issu d’une famille bourgeoise du Bugey où il possède la seigneurie de Verin qui lui sert à allonger son nom. Il fait fortune comme trésorier des guerres d’une des armées de Louis XV pendant la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) et investit ses bénéfices dans l’achat d’une charge à la cour. Contre 200.000 livres il devient en 1744 trésorier de la dauphine et a dans ses multiples attributions le versement des rémunérations des membres de la maison personnelle de cette princesse, dont les douze femmes de chambre qui assurent une présence continue auprès d’elle[8]. L’une d’elles s’appelle Elisabeth Varanchan. Ses parents sont Joseph Varanchan, directeur des fermes de Lorraine et du Barrois, et Catherine Vignon, nourrice de la fille aînée de Louis XV puis première femme de chambre des Enfants de France.

 

Geoffroy Chalut de Verin et son épouse Elisabeth Varanchan, dessinés par Carmontelle en 1760 [9]                                                                      

 

 

 

 

En 1746 la dauphine meurt en couches mais l’héritier du trône est immédiatement remarié à une adolescente de quinze ans, Marie Josèphe de Saxe. Geoffroy Chalut et Elisabeth Varanchan gardent leur charge auprès de cette seconde dauphine. Une amitié sincère lie bientôt la petite Allemande, ignorante des cabales de Versailles, à sa suivante de vingt huit ans, assez jeune pour la comprendre, assez adulte pour la guider. Au point que quelques années après la dauphine envisage d’engager ses bijoux pour constituer à sa femme de chambre favorite une dot lui permettant un brillant mariage. Le contrôleur général de sa maison l’en dissuade et lui suggère d’obtenir plutôt du roi un brevet sur le prochain poste de fermier général disponible pour le futur mari.

 

L’accès à la charge hautement lucrative de fermier général dépendait du choix du roi et était l’objet d’une concurrence féroce[10]. La stratégie matrimoniale de la dauphine porte ses fruits et les prétendants ne tardent pas à se manifester. Geoffroy Chalut de Vérin l’emporte et épouse Elisabeth en septembre 1751. Il entre dans la Compagnie des fermiers généraux deux ans plus tard.

 

Nous savons beaucoup de la vie publique de Geoffroy Chalut avant et après son mariage. Il accède à la noblesse personnelle par l’achat en 1759 d’une charge de conseiller-secrétaire du roi, participe activement à la gestion de la Ferme, continue de s’enrichir considérablement par des placements, se constitue à Saint-Cloud un domaine de premier plan, occupe successivement ou simultanément à la Cour les charges de trésorier des dauphines brus de Louis XV, de lecteur du roi, de maître d’hôtel de la dauphine puis reine Marie-Antoinette et de trésorier de Madame comtesse de Provence.

En revanche, sa vie privée reste mal connue. Les chroniqueurs mondains et autres libellistes de l’époque n’en parlent quasiment pas. On ne lui connaît pas de liaison. On sait seulement qu’il participe aux bonnes œuvres et donne largement aux pauvres et aux paroisses de ses domaines. Il se pique aussi de belles lettres et a composé une tragédie à la mémoire de l’amiral anglais Binck. En 1760 Carmontelle le croque en train d’en déclamer les vers. Ce dessin et un superbe buste sculpté vers 1787 attribué à Jean Houdon nous permettent de nous faire une idée de son physique : sur le premier des traits énergiques reflètent une certaine bonhomie ; on retrouve ces deux caractéristiques, accompagnées d’un sourire un peu sceptique, sur le buste de sa vieillesse.

 

Carmontelle a aussi dessiné Elisabeth Varanchan aux débuts de la quarantaine : une jeune femme rondelette, poudrée et maquillée de rouge dont le visage détendu reflète une tranquille gaieté. Dix ans plus tôt le duc de Luynes trouvait déjà la femme de chambre de la dauphine fort jolie. Elle a par la suite gagné en embonpoint. Le diariste Bachaumont l’appelle sans courtoisie en 1777 « la grosse Chalut » et un folliculaire la décrit aux approches de la soixantaine comme « une grosse brune, réparant avec le secours de l’art les outrages du tems, encore appétissante pour quiconque n’y regarde pas de si près »[11].

 

Elle a su gagner par sa douceur, sa gentillesse et sa capacité d’écoute la faveur de la dauphine. L’écrivain Marmontel cite dans ses Mémoires des anecdotes où l’on voit « la bonne et toute simple madame de Chalut » souriante, voire rieuse, et la juge « de peu d’esprit, mais de beaucoup de sens, et d’une douceur, d’une égalité, d’une vérité de caractère inestimable »[12].

 

Marmontel a été le grand amour d’Elisabeth. C’est un auteur à succès, mais aussi un homme à femmes et madame de Chalut n’est pour lui qu’une de ses nombreuses conquêtes. Il a écrit assez goujatement« elle n’était pas nécessaire à mon bonheur, il faut que je l’avoue ; mais j’étais nécessaire au sien ». Ils se sont connus vers 1750 et leur longue liaison durera un quart de siècle. Personnage complexe que ce Marmontel qui écrit des bergeries attendrissantes et vit comme un roué du Régent. Ce n’est d’ailleurs pas forcément contradictoire : si Paul et Virginie sont dans l’idéal du temps des modèles, Valmont et Faublas peuvent représenter de plaisants contre-exemples.

 

L’époque est encore à l’indulgence pour les couples illégitimes quand les apparences sont respectées et Chalut ne semble pas s’être offusqué de la situation. Il entretient des relations courtoises voire cordiales avec Marmontel. Bien plus en 1775, l’année d’arrivée de Marie-Catherine, l’écrivain est invité à s’installer chez les Chalut, en un paisible ménage à trois.

 

Marmontel s’est inspiré quelques années auparavant de la nouvelle mode sentimentale dans une comédie musicale où l’héroïne, Lucile, chante le refrain « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » qui a été repris par tous les gosiers de Paris. Dans cette pièce Lucile est une jeune fille de bonne naissance qui apprend qu’à la suite d’une substitution d’enfant elle est en réalité la fille d’un paysan. Sa vertu et ses charmes l’emportent sur cette déchéance sociale et elle épouse finalement le jeune noble auquel elle était promise.

 

« Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille », même si on a une origine obscure ? Les Chalut en sont si persuadés qu’ils rebaptisent leur pupille Lucile.

 

 

 

II «  Au sein de sa famille »

 

 

– Un hôtel à Paris, un domaine à Saint-Cloud

 

Lucile est passée sans transition de l’entassement de l’hospice au luxe d’un superbe logement place Vendôme, qu’on appelait aussi place Louis le Grand depuis l’érection d’une statue équestre de Louis XIV en son centre.

 

Chalut y loue depuis 1764 l’hôtel Crozat pour la coquette somme de douze mille livres par an. Le principal corps de logis donne sur la place. Un passage de porte cochère ouvre sur une cour intérieure flanquée de deux ailes de bâtiments. Au-delà, un jardin se poursuit jusqu’à une autre construction recelant de nouveaux logements, les écuries et les greniers à foin, une deuxième porte cochère donnant sur la rue Neuve du Luxembourg, notre rue Cambon. Les écuries abritent en 1787 quatorze chevaux, tous de robe noire[13].

 

Les pièces de réception et celles réservées aux maîtres sont richement meublées. Elles regorgent de tableaux et d’objets précieux. Dix-sept pièces de l’hôtel sont consacrées à exposer le « cabinet » de monsieur de Chalut, comme on appelait à l’époque les collections particulières. Les almanachs de l’époque le citent comme une des curiosités à voir à Paris, même si pour l’un d’entre eux la quantité l’emporte sur la qualité[14]. Et quelle quantité ! Les murs sont couverts de tableaux, jusque quatre-vingts dans certaines pièces.

 

Dans cette vaste demeure Geoffroy et Elisabeth ont chacun leurs appartements privés. Un frère de Geoffroy, l’abbé Jean Chalut, dispose aussi de pièces réservées où il vit avec son compagnon l’abbé Arnoux. Les Chalut logent aussi un neveu d’Elisabeth, Paul Varanchan de Saint-Geniès, adjoint de Geoffroy à la Ferme générale. Sans oublier Marmontel.

 

Dans son Tableau de Paris, un contemporain, Louis Sébastien Mercier, indique que « dans telle maison de fermier général, vous trouverez vingt-quatre domestiques portant livrée, sans compter les marmitons, aides-cuisine, et six femmes de chambre pour madame ». Les Chalut vivent à peu près sur ce pied : ils ont maître d’hôtel, laquais, cuisinier, cocher, portier, femme de chambre et leurs multiples acolytes. Elisabeth et l’abbé disposent chacun de plusieurs domestiques personnels. Le service particulier de Geoffroy est régi par Leblanc, son valet de chambre. Son secrétaire Pierre Petry, son collaborateur le plus direct avec son caissier Desjardins, loge aussi sur place, et avec lui les commis qui l’assistent.

 

La maison de Chalut à Saint-Cloud vers 1780 [15]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La petite fille peut courir dans l’hôtel d’un recoin l’autre avec émerveillement. Et elle découvre à une heure de là un autre domaine enchanté. Chalut a acheté à Saint-Cloud la Maison de l’Electeur, un grand pavillon situé à flanc de pente, face à la Seine et au village de Boulogne[16]. Il l’a fait entièrement restaurer. Une vaste façade flanquée de deux ailes ouvre sur des jardins et des prairies descendant en pente raide jusqu’au fleuve. Ils sont magnifiquement aménagés : terrasses, jets d’eaux, canal, cascades entourées de bosquets. Quand l’architecte paysager George Louis Le Rouge, après s’être promené dans toute l’Europe, publie en 1777 un Détail des nouveaux jardins à la mode, on trouve parmi les trente planches l’illustrant le « Jardin de monsieur Chalut de Verin à Saint-Cloud », en bonne compagnie aux côtés de Marly, du Petit Trianon, mais aussi de Windsor, de Bessingen en Allemagne et du Sérail du Grand Turc à Constantinople[17]. Chalut achète systématiquement les terrains en vente à proximité, constituant un domaine qui finit par compter plus de quarante hectares. Et pour le plaisir des jeux de la fillette il n’y a pas seulement la maison, aussi richement meublée et décorée que l’hôtel de la place Vendôme : s’y ajoutent un immense potager et une ferme avec ses animaux[18].

 

 

Passent deux années de bonheur. La petite abandonnée a maintenant un papa et une maman. Elle les appelle ainsi[19], encore une nouveauté de ces années 1760-1770 alors que la génération précédente disait monsieur et madame. Mais elle va avoir huit ans, âge où il est d’usage de mettre les filles au couvent pour parfaire leur éducation. Pour le 8 juillet 1777, fête de sainte Elisabeth, Marmontel lui écrit un compliment en vers intitulé « hommage de la petite Lucile, sur le point d’aller au couvent »

 

«  Ah, maman ! La douce habitude

«  Que de vivre pour vous aimer !

« Vous plaire faisait mon étude ;

« Vos regards semblaient m’animer.

« Loin de vous, quelle solitude !

« Et pourrai-je m’accoutumer ?

 

La pièce compte trente trois vers débordant de sentimentalisme que Lucile a dû réciter devant un parterre d’adultes ravis et touchés aux larmes[20]. Cela dit l’enfant pouvait craindre un nouvel exil ressemblant à ce qu’elle avait connu à l’hospice.

 

Deux mois après cette scène touchante l’hôtel Crozat connaît un petit séisme : à cinquante-quatre ans Marmontel décide soudain de se marier et épouse une demoiselle de dix-huit ans nièce de son ami l’abbé Morellet. Douleur et fureur d’Elisabeth, dont la chronique galante se régale. Un libelliste raconte même que pour se venger l’amante trahie choisit de parfaire l’éducation du jeune fils du fermier général Caze [21].

 

Peut-être en compensation de son amour perdu Elisabeth garde sa pupille auprès d’elle. Elle assure l’éducation de l’enfant jusqu’en 1780, puis est relayée pendant deux ans par un précepteur ecclésiastique. Chalut attendra que Lucile ait treize ans pour la faire entrer au couvent, « d’où elle ne sortit que pour aller à l’autel »[22].

 

 

 

– Une enfant aimée

 

Les Chalut sont très fiers de leur fille et l’exhibent devant leurs amis. A preuve ce mot d’invitation transmis le 1er mai 1778 de la part d’Elisabeth à Benjamin Franklin qui représente à Paris les insurgés américains. Il y est indiqué que « madame de Chalut lui fait mille compliments et la petite Lucile désire sincèrement de l’embrasser quoiqu’elle ne veuille pas être américaine ; mais peut-être changera-t-elle de sentiment, elle vous scait toujours bon gré d’avoir voulu l’acheter ». On devine à travers ces lignes un mot d’enfant prononcé à l’occasion d’une visite précédente, auquel Franklin aura répondu par une taquinerie[23].

 

Elle a onze ans quand « maman » tombe gravement malade. En octobre 1780 Elisabeth rédige d’une main tremblante son testament : ses biens propres font retour à sa famille, des rentes viagères sont consentis à ses quatre domestiques particuliers qui se partagent sa garde-robe. En dernière disposition elle dispose « de toutes les dentelles pièces étoffes (suivent deux mots illisibles) pour mademoiselle Lucile ». Elle meurt deux jours plus tard. Malgré sa demande d’être enterrée le plus simplement possible, Chalut fait célébrer de somptueuses obsèques en l’église Saint-Roch auxquelles a dû assister une Lucile en larmes[24].

 

Cette même année 1780 le poste d’adjoint à la Ferme de Paul Varanchan de Saint-Geniès est supprimé. Il quitte l’hôtel Crozat mais un autre commensal apparaît : Chalut prend pour locataire l’abbé de Radonvilliers[25], un membre de l’Académie française qui échangea probablement beaucoup avec les abbés Chalut et Arnoux, tous deux férus de belles-lettres. L’éducation de Lucile s’inscrit dans un environnement cultivé.

 

Passé la période de deuil Chalut reprend sa vie mondaine dont nous avons des témoignages par les Américains de Paris – Franklin, Jefferson, John et Abigail Adams – qui se sont liés d’amitié avec le fermier général. On a ainsi trace de banquets ou de concerts donnés place Vendôme et à Saint-Cloud[26]. Comme ce déjeuner du 12 novembre 1782 qui réunit une tablée de douze personnes autour de Chalut, Franklin et Adams. On y compte deux adolescents de treize ans, Lucile et le petit-fils de Franklin. Très fier des talents de sa pupille, l’hôte la fait chanter à table devant les invités. Adams lui trouve assez de talent musical pour tenir un rôle à l’Opéra même si elle manque un peu d’oreille. Le vieux fermier général est ce jour là charmant, contant des anecdotes et prêt à donner la réplique chantée à Lucile comme un jeune homme[27].

 

 

– Une place incertaine

 

Arrive finalement le temps de la pension. Quel accueil Lucile a-t-elle reçue des autres élèves ? A une époque où la position sociale compte tant la sienne est aussi rare qu’ambiguë. Emmanuel Le Roy Ladurie, dans son analyse des Mémoires de Saint-Simon, identifie le rang comme élément structurant de la Cour, et après elle de la société[28]. Ces valeurs restent dominantes sous Louis XVI, même si elles ont été un peu bousculées par l’esprit des Lumières illustré par la grande tirade du Mariage de Figaro. Chacun doit se tenir à sa place. Mais où situer celle de Lucile ? Ni fille légitime, ni fille naturelle de Chalut ou d’Elisabeth, ni parente pauvre recueillie, ni enfant adoptif faute de possibilité légale. L’Almanach des Muses de 1778 qui publie le compliment de Marmontel souligne qu’elle est une jeune orpheline à qui madame de Chalut sert de mère. Et assez systématiquement lettres et chroniques relèvent cette singularité. Parmi de multiples exemples, Bachaumont « M. de Chalut est un ancien fermier général très riche, qui n’ayant point d’enfans, de concert avec sa femme était allé aux enfans trouvés, y avait choisi une petite fille qui leur avait plu et l’avait amenée » ; Louis François Jauffret « On sait qu’elle a été la fille adoptive de M. et de madame Chalut, qui la choisirent aux enfans trouvés pour l’élever chez eux, et forcer ainsi la fortune à réparer les rigueurs de la nature » ; John Adams « The farmer’s daughter is about 12 years old and I suppose an enfant trouvée » [29]. Chacun s’émeut de la chance de la fillette, mais nul n’oublie de rappeler ses origines, ne serait-ce que pour en souligner l’anomalie sous couvert de louer la philanthropie des Chalut. Lucile est un cas atypique et donc dérangeant dans une société d’ordre.

 

 

Les chroniques scandaleuses ou les esprits imaginatifs chercheront toute sa vie et jusqu’à nos jours à retrouver un schéma plus classique en lui attribuant un père, Chalut bien entendu mais aussi Marmontel voire Vergennes, sans rien exhumer de probant[30].

 

Au couvent Lucile reçoit l’éducation des jeunes personnes de qualité : beaucoup d’instruction religieuse, de la musique, suffisamment de belles-lettres. Elle en gardera une petite écriture régulière parfaitement maîtrisée, une bonne orthographe et un style épistolaire agréable.

 

Trois années passent. Lucile et ses seize ans attendent qu’on lui présente un parti. Mais qui voudra d’une enfant trouvée ? Dans l’acte passé avec l’Hospice en 1776 Chalut s’était engagé à veiller sur son avenir. Il va remplir somptueusement cet engagement.

 

 

 

III Madame Deville

 

 

– Une alliance très honorable

 

En ce milieu du règne de Louis XVI l’homme qui compte le plus en France est le comte de Vergennes. Diplomate de carrière il a collaboré à diverses ambassades avant d’être envoyé en 1754 représenter la France à Constantinople. Il a occupé avec efficacité ce poste pendant quatorze ans et s’y est épris de la veuve française d’un marchand levantin de Petra qui lui a donné deux fils. Rien de choquant à l’époque, mais Vergennes, vraiment amoureux de sa maîtresse, l’épouse en 1768 sans demander l’autorisation de son ministre Choiseul. Cette mésalliance et cette atteinte aux prérogatives ministérielles entraînent son rappel et un exil sur ses terres. Il lui faut attendre la disgrâce de Choiseul pour être nommé en 1771 en poste à Stockholm[31].

 

Quand Louis XVI succède à son grand-père en 1774 le clan Choiseul, encore très influent, s’attend à revenir au pouvoir. Mais le nouveau roi choisit de s’appuyer sur Maurepas qui constitue un ministère avec Turgot aux Finances et Vergennes aux Affaires étrangères. Ce dernier va conduire la politique extérieure jusqu’à sa mort en 1787. Il sera en particulier l’artisan de l’alliance avec les Insurgents américains.

 

Un de ses collaborateurs s’appelle Nicolas Deville. Né dans la région de Roanne en 1749[32], il est issu de familles de marchands. Son père s’est assez enrichi comme contrôleur des guerres, une sorte d’intendant local des armées, pour que Nicolas puisse acheter en 1782 une charge de premier secrétaire aux Affaires étrangères. A ce titre il instruit les dossiers soumis au ministre et contresigne des actes importants « par monseigneur, signé : Deville». Vergennes l’apprécie et l’introduit dans le petit cercle de ses familiers.

 

Mais Deville vise plus haut. A trente-six ans il désire s’établir durablement dans une fonction prestigieuse et lucrative. Au même moment Chalut désire marier Lucile. Il cherche également un associé qui soulagera ses quatre-vingts ans des obligations de la Ferme avant de lui succéder. Le rapprochement entre ces attentes concordantes est encore facilité par le soutien que le fermier général a apporté à la politique américaine de Vergennes

 

Les mariages de ce niveau sont d’abord des traités d’alliance familiale où tout est évalué et qui se négocient jusqu’au détail. Outre la faveur du principal ministre du roi, Nicolas apporte 200.000 livres de biens, dont sa charge de secrétaire aux Affaires étrangères évaluée 80.000 livres. La bâtardise de Lucile est un handicap, encore que Vergennes ait lui-même deux fils légitimés. Chalut propose en compensation une dot de 300.000 livres et une association à sa participation à la Compagnie des fermiers généraux.

 

Yves Durand a analysé les contrats de mariage de dix filles de fermiers généraux entre 1734 et 1772. La moyenne des dots est de 245.000 livres[33]. Celle de Lucile est donc élevée, mais il faut en plus y ajouter l’association à la Ferme. Il s’agit d’un avantage exceptionnel, un arrêt de 1780 ayant interdit aux fermiers de prendre un adjoint autre que leur fils. Une délibération de la Compagnie accorde une dérogation spéciale à Deville[34]. Chalut comble ainsi, en usant de son influence et à grands frais, l’écart social entre le prétendant et sa pupille, pour permettre à celle-ci de passer du statut incertain d’enfant recueillie au rang d’épouse d’un personnage établi.

 

Un arrêt du Conseil du roi du 18 novembre 1785 entérine l’accord en nommant Nicolas Deville fermier général, à la demande de Chalut et pour partager conjointement sa place. L’arrêt est officiellement motivé par « la satisfaction de ses services depuis plusieurs années en qualité de Premier secrétaire du département des Affaires Etrangères »[35].

 

Lucile n’a bien entendu pas participé aux tractations. Tout au plus lui a-t-on demandé un acquiescement de pure forme. Mais elle a d’une certaine façon de la chance. Si son mari a vingt ans de plus qu’elle c’est à trente-six ans un homme encore jeune quand l’époque abonde en unions entre adolescentes et barbons. De plus, si on en croit la célèbre Madame Roland, Nicolas est l’être « le plus honnête et le plus doux ».[36]

 

Le contrat de mariage est signé à Paris le 28 novembre 1785. Deux jours plus tard la cérémonie religieuse est célébrée au hameau de Montreuil, devenu depuis un quartier de Versailles, dans la chapelle particulière des Vergennes. Les témoins de Nicolas Deville sont le comte de Vergennes et son fils aîné Constantin. Ceux de Marie Catherine Desroches, fille mineure de Louise Nicaise Desroches[37], qui retrouve pour la circonstance son état civil officiel, sont le fermier général Louis Varanchan et le comte de Lussan, un frère et un neveu d’Elisabeth. Chalut signe à l’acte après les témoins[38].

 

Ce mariage est un événement mondain. Imbert rapporte dans sa chronique qu’ « il est fort question du mariage de la jeune personne que M. de Chalut a adoptée. »[39] Abigail Adams l’apprend à Londres où elle séjourne et écrit à son mari le 5 décembre « mademoiselle Lucille is to be married to monsieur Deville first secretary to the count de Vergennes. »[40]

 

 

– Le don aux Enfants-Trouvés

 

Le jeune couple s’installe à l’hôtel Crozat, où il a bien entendu appartement et domestiques particuliers. Il a aussi son logement à Saint-Cloud. Survient alors un événement rapporté comme il suit par Bachaumont

 

« M. de Chalut est venu trouver Madame de Ville ; il lui a apporté une somme de cent mille écus, provenante des diamans, dentelles, robes, vaisselle et autres effets que lui avait laissés

Madame de Chalut par testament, et dont le capital placé à intérêts avait             augmenté à ce point (…) Madame de Ville a demandé à M. de Chalut si cela lui appartenait en propriété, ou devait entrer dans la communauté ? Il lui a répondu que c’était pour elle en propre et qu’elle pouvait en disposer : en conséquence, elle est allée aux enfans-trouvés et avec toutes les formalités convenables a placé cette somme, en leur faveur, faisant 15.000 livres de rente, à perpétuité, pour être annuellement et par portion égale employées à marier deux filles. On ne saurait trop citer ce trait de Madame de Ville, qui n’est pas aussi connu qu’il le méritait et d’autant plus louable qu’outre une bienfaisance peu commune, il caractérise une modestie encore plus rare[41] »

 

Décidément la générosité est héréditaire chez les Chalut, fût-ce en ligne adoptive. Cent mille écus égalent trois cent mille livres, une somme considérable, autant que la dot de Lucile. L’anecdote vertueuse émeut Paris. Elle est largement citée par les auteurs du XIXème siècle et jusqu’aujourd’hui par les historiens. Elle ne présente que l’inconvénient d’être mal fondée.

 

Dans un document produit en justice par Deville en 1790 le legs d’Elisabeth à Lucile s’établit à 10.000 livres. C’est d’ailleurs à peu près l’estimation des étoffes, dentelles et parements laissés à la jeune fille dans l’inventaire après décès. Un acte de Chalut concomitant au mariage indique qu’il a placé aux Enfants Trouvés un legs de 10.000 livres fait à Lucile, depuis porté à près de 12.000 livres par le jeu des intérêts. Il y déclare ne pas vouloir priver l’hospice de cette somme en la retirant pour la restituer à la nouvelle épousée. En compensation il verse 12.000 livres de sa poche au jeune ménage.

 

Les registres des Enfants Trouvés, qui n’ont aucune trace de la dotation supposée de madame Deville, comportent en revanche à l’année 1785 le relevé d’une fondation de 12.000 livres instituée par Chalut de Vérin dont le revenu doit être employé à doter chaque année une jeune orpheline. C’est bien le fruit de l’héritage d’Elisabeth, mais pas de la charité de Lucile. Son père adoptif a dû avoir l’élégance de lui en laisser la gloire en omettant de parler en public de la compensation. Bachaumont s’est enflammé sans plus vérifier ses sources que la moyenne de nos journalistes contemporains et a allègrement gonflé le montant du don à un niveau astronomique. Tout le monde a suivi, y compris Yves Durand.

 

L’histoire de Lucile aidant généreusement de ses deniers propres les petites infortunées qui lui ont succédé était belle. Dommage de devoir y renoncer[42].

 

 

Le premier enfant du couple naît en mars 1787. Il est bien entendu prénommé Geoffroy comme Chalut dont la santé décline et qui aura peu de temps pour pratiquer l’art d’être grand-père. Contrairement aux conseils de Rousseau Lucile n’allaite pas le bébé elle-même mais prend une nourrice à demeure, assistée par une berceuse[43]. Evolution des conduites : la génération précédente, même chez de très grands seigneurs, envoyait les bébés à la campagne et récupérait quelques années après les survivants.

 

La naissance du jeune Geoffroy est suivie d’un cadeau somptueux. Chalut n’est que locataire à vie de l’hôtel Crozat. En avril 1787 il le fait acheter par Deville pour 400.000 livres, mais un acte annexe précise que c’est le vieux fermier général qui en paiera le prix[44].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV L’héritage de Chalut

 

Louis XVI avait acheté le château de Saint-Cloud aux Orléans pour le donner à la reine. Celle-ci fait découvrir à sa belle-sœur la comtesse d’Artois la demeure de Chalut toute voisine. La comtesse qui cherche une « campagne » s’en entiche et demande au fermier général de la lui vendre, ou au moins de la lui louer.

 

Comment résister au caprice d’une princesse du sang ? Chalut traîne les pieds, fait monter les enchères mais finit par louer le pavillon et ses jardins en août 1786 contre 18.000 livres par an. Il conserve pour lui le reste du domaine et s’y replie dans une autre grande bâtisse, la maison Mocquet, où Lucile a son appartement au dessus du sien[45].

Chalut peu avant son décès, école de Houdon [46]

Mais il sent que sa fin est proche. En février 1787 il rédige son testament et le fait déposer chez un notaire parisien. Son état de santé s’aggrave et il semble être devenu un peu sénile : il fait copier et recopier sans cesse par des commis un drame écrit dans sa jeunesse, sans doute sa tragédie de l’amiral Binck. Il entre en agonie à Saint-Cloud en août 1787. Amis et parents accourent. Chalut reçoit l’extrême-onction et meurt dans la matinée du 22 août. Ses obsèques religieuses ont lieu le lendemain dans l’église voisine. L’abbé Chalut et Nicolas Deville mènent le deuil.

 

Qui sera l’héritier de son immense fortune? D’après les règles de l’époque son frère l’abbé est écarté : il appartient à l’ordre

de Malte et les clercs réguliers ne viennent pas à la succession. Ses autres frères sont morts avant lui. Le reste de sa parenté se compose de lointains cousins appartenant à des familles de robins de la Bresse et du Bugey.

 

Le soir du décès Nicolas Deville se rend chez le notaire qui ouvre le testament. Chalut l’a institué légataire universel « ayant reconnu en lui une belle âme et lui devant d’ailleurs la tranquillité dont j’ai joui ces dernières années de ma vie ». Suivent des legs particuliers : en tête, les pauvres de Paris, inscrits pour 100.000 livres. L’abbé Chalut voit la rente déjà confortable que lui verse son frère portée à 12.000 livres. Il a de plus le droit de rester à vie dans son appartement de l’hôtel Crozat. Les collaborateurs directs reçoivent de grosses sommes, les domestiques sont bénéficiaires de pensions. Les membres de la famille écartés de la succession ne sont pas oubliés et obtiennent des dons allant de 3.000 à 20.000 livres.

 

Pourquoi Chalut n’a-t-il pas désigné Lucile pour héritière ? Au cours du procès qui suivra il sera soutenu qu’il avait fait un premier testament où il lui léguait deux millions[47] et l’avait remplacé par le celui que l’on trouva. Il évitait ainsi un gros aléa juridique. Les bâtards ne peuvent à l’époque être légataires universels de leurs ascendants, ni même recevoir des legs importants[48], et toute personne voulant contester le testament n’aurait eu de cesse que de soutenir que le statut incertain de Lucile masquait mal le fait que Chalut était son père naturel.

 

Le risque est bien réel : la perspective de l’héritage a attiré les cousins de province à Paris. Ils sont dix descendants d’un grand-père de Chalut : des Garin, des Robas, des Colliex, un Cochonat, une Pétrequin. L’ouverture du testament est bien entendu pour eux une amère désillusion, même si Chalut leur a consenti de beaux legs. Seuls les Garin acceptent les dernières volontés du défunt. Restent six autres cousins bien décidés à plaider pour obtenir au minimum une transaction fructueuse.

 

Il faudrait un volume entier pour suivre complètement les multiples procédures engagées, dont le contenu détaillé serait un régal pour un historien du droit ou un analyste des passions humaines. Pour résumer, les cousins agissent en ordre dispersé et déposent en 1788 trois plaintes au pénal au Châtelet de Paris, tandis que l’affaire est portée au civil devant le Parlement. Un des demandeurs, le notaire Louis-François Colliex, propose dans une lettre à Deville de changer de camp et de lui fournir des arguments contre ses parents, bien entendu contre argent. Nicolas l’envoie paître. Il n’a pas fini d’entendre parler du personnage.

 

Les cousins n’hésitent pas à soutenir que le testament est nul pour toute une série de raisons : Chalut, notoirement père adultérin de Lucile, ne pouvait légalement en faire son héritière même par époux interposé ; le testament a été obtenu par suite d’une liaison incestueuse, Lucile couchant avec son père ; dans ses derniers jours Chalut, maltraité par les Deville, a établi un nouveau testament qui a été volé pendant son agonie.

 

Emmanuel Le Roy Ladurie a relevé les liens entre naissance « impure » et crime dans les écrits de Saint-Simon[49]. Les arguments des cousins Chalut suivent la même logique : une bâtarde ne peut qu’être soupçonnée d’avoir usé des pires manoeuvres pour dépouiller les héritiers légitimes. Cette vilenie foncière n’a rien de surprenant quand « l’épouse du sieur Deville ne tient à aucune espèce de famille»[50]

 

Bien sûr Deville réplique mais une des plaintes au pénal a été confiée à Carré, commissaire au Châtelet, qui l’instruit uniquement à charge. Nicolas et Lucile sont entendus, ainsi que Leblanc, valet de chambre de Chalut et la dame Robert, femme de chambre de Lucile. Du côté de l’accusation trois commis et des jardiniers affirment en chœur que Deville a détourné les papiers de Chalut à l’article de la mort. Pour faire bonne mesure Leblanc est accusé d’avoir volé la canne à pommeau d’or de son maître (cette canne reviendra dans la procédure comme une ritournelle) et Lucile d’avoir rempli sa voiture de colis et de pots de confiture avant de rentrer à Paris[51]. Carré s’abstient en revanche d’interroger la plupart des amis du mourant venus l’assister à Saint-Cloud dans ses derniers moments.

 

Le procès civil est appelé devant la Grande chambre du Parlement au début de 1789, les requêtes pénales étant jointes pour une bonne administration de la justice. Les avocats de Deville n’ont pas de difficulté à démontrer que le testament est valide et que rien ne prouve l’existence d’un autre rédigé postérieurement. Ils neutralisent les témoins de l’accusation, présentés comme d’anciens employés renvoyés cherchant à se venger, et dénoncent véhémentement les accusations infamantes portées contre Lucile. La grande Chambre les suit et par arrêt du 16 janvier 1789 ordonne la délivrance du legs. Elle condamne en outre les demandeurs à verser aux pauvres de l’église Saint-Roch dix livres de dommages et intérêts symboliques pour diffamation à l’encontre des époux Deville.

 

L’arrêt lève le séquestre mis sur les biens de Chalut, au grand soulagement de Nicolas qui, depuis qu’il est fermier général de plein exercice, ne peut compter que sur ses ressources propres. Il s’est vu contraint d’emprunter 438.000 livres à un des fils de Vergennes pour honorer une grosse contribution due par sa charge à l’automne 1787.[52] La perception de l’héritage le remet largement à flot.

 

Il peut maintenant se croire tranquille. C’est mal connaître les ressources de la chicane. Si la plupart des cousins abandonnent, deux demoiselles Robas s’acharnent et réussissent à relancer l’affaire. Elles sont assistées par deux des meilleurs avocats de Paris, Tronchet et de Sèze, les futurs défenseurs de Louis XVI. Les factums (ce qu’on appellerait aujourd’hui des conclusions) répondent aux factums. On y trouve les arguments juridiques les plus sophistiqués mais aussi quelques à peu-près. Ainsi au défenseur de Deville qui indique qu’une trentaine de personnes a assisté Chalut dans son agonie le représentant des Robas répond textuellement « la chambre de Chalut était sûrement beaucoup trop petite pour contenir trente personnes. Au mois d’août la chaleur aurait fait périr le mourrant [53]».

 

Le litige se terminera aux torts des demoiselles Robas en septembre 1800, après treize années de procédure jalonnées par de multiples instances et deux arrêts de cassation. Les Deville ont eu au passage une petite consolation: la condamnation en 1791 du commissaire Carré au carcan, au fouet, à la marque et aux galères perpétuelles pour détournement de fonds dans une autre affaire.

 

 

V Vie conjugale au temps des Lumières

 

– Maternité

 

Au lendemain de la mort de Chalut Nicolas Deville a trente-huit ans, Lucile dix-huit. On sait peu de chose sur leur vie privée, leurs goûts, leurs liens sociaux. Ni tableau ni gravure pour connaître leurs traits, sauf peut-être pour Lucile un portrait au physionotrace de Quenedey

datant de 1788-1789.[54]

 

C’est le profil en buste d’une jeune femme plutôt jolie au visage plein

assorti d’un petit nez spirituel, de grands cils et d’une bouche mince. Selon la mode du moment une courte perruque bouclée retenue par un ruban laisse la chevelure naturelle tomber dans le dos. Un fichu formant corsage est croisé « à la Marie-Antoinette ». Pour son mari nous n’avons que des signalements de police qui décrivent un homme de taille moyenne aux cheveux bruns et aux yeux gris ou noirs[55].

 

 

Elisabeth Badinter a dépeint la nouvelle conception de l’épouse qui se développe sous Louis XVI. Fini l’époque encore récente où la comédie Le Préjugé à la mode présentait plaisamment l’amour conjugal comme une originalité, voire une incongruité, et où la maternité n’était qu’un inconvénient passager. La jeune femme se doit d’être tendrement soumise à son mari et attentive à la santé et à l’éducation de ses enfants. Le bébé n’est plus une gêne dont on se débarrasse au plus vite. Il fait le bonheur de sa mère et est l’objet de tous ses soins.[56]

 

Un mari attentionné, de nombreux enfants affectueux : Greuze a rendu cet idéal familial dans sa toile La Mère bien-aimée, où une jeune femme est assiégée des baisers de nombreux enfants pendant que le mari, de retour de la chasse, contemple la scène d’un air attendri. Les traits de la mère reflètent tendresse, joie et un peu de lassitude. Denis Diderot a tiré de ce tableau la recette du bonheur domestique, au moins pour l’époux « Entretiens ta famille dans l’aisance ; fais des enfants à ta femme; fais-lui-en tant que tu pourras; n’en fais qu’à elle, et sois sûr d’être bien chez toi.[57] »

 

Nicolas suit le modèle. Après Geoffroy en 1787, Lucile lui donne entre 1789 et 1792 quatre autres fils, Jean-Achille, Alexandre, Hyppolite et Jules. Les enfants grandissent auprès de leurs parents. On peut penser que comme l’aîné les suivants ont eu nourrice et berceuse à demeure.

 

Mais la vie de Lucile ne se limite pas à ses tâches de mère. Elle a en particulier un goût marqué pour la musique. Son contrat de mariage précisait qu’elle avait en biens propres sa musique (les partitions) et ses instruments[58]. Elle possède un forte-piano organisé, première ébauche du piano moderne. Chalut puis les Deville ont eu pour locataire place Vendôme le compositeur italien Piccinni, qui a composé de nombreuses pièces pour ce nouvel instrument[59]. Piccinni donnait des leçons de musique à Marie-Antoinette et a pu faire profiter aussi son hôtesse de ses conseils. Cette dernière dispose en outre d’une loge à l’Opéra, qu’elle partage avec la duchesse de Châtillon et l’ambassadeur du Portugal.[60]

 

– Croyances et culture

 

Son mari, qui se fait appeler parfois Deville de Noailly, est un homme très occupé par sa nouvelle charge. Le fonctionnement de la Ferme s’articule autour d’une douzaine de comités spécialisés où la décision est prise collégialement. Nicolas participe à huit de ces comités qui se réunissent chacun une ou deux fois par semaine à l’Hôtel des Fermes.[61] Il a en plus le contrôle de la direction d’Alsace. Du coup il cède son poste de secrétaire aux Affaires étrangères, peu avant le décès de son mentor Vergennes. Il achète en revanche fin 1787 une place de « Conseiller Secrétaire du Roi, Maison, Couronne de France et de ses Finances », titre officiel des officiers de la Chancellerie chargés de vérifier et faire sceller les actes royaux.[62] C’est une charge anoblissante, avec transmission de cette noblesse aux descendants après vingt ans d’exercice, ce que les ironistes de l’époque appellent férocement une « savonnette à vilain ». Nicolas laisse rire : il vient d’assurer à ses fils la noblesse à partir de 1807…

Mais ce nouveau noble semble être plus un adepte du déisme des Lumières que de la religion traditionnelle. Nous avons comme première indication les prénoms de ses enfants, choisis parmi les héros de l’Antiquité plutôt que dans le catalogue des saints. Autre élément, le contenu de sa bibliothèque, dont les articles principaux ont été vendus en 1816. On n’y trouve que quatre ouvrages religieux, et encore s’agit-il d’acquisitions de bibliophile : un manuscrit d’heures du 14ème siècle, deux bibles en latin de 1545 et 1684, et L’Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, enrichie de quatre cent figures en taille douce, publiée par le protestant Mortier à Amsterdam en 1700, une superbe édition encore très recherchée de nos jours par les collectionneurs. Enfin dans sa dernière lettre à Lucile, qui est retranscrite intégralement plus loin, il fait référence une fois à l’Eternel et trois fois à l’Etre suprême, jamais à Dieu ou à ses saints.

 

Le reste de sa bibliothèque révèle aussi ses connaissances et ses goûts. Un tiers des ouvrages du catalogue est en latin ou en italien : Deville lisait dans le texte les classiques romains, mais aussi Boccace, Dante et Plutarque. Dans les éditions en français on trouve beaucoup de livres d’histoire, dont certains concernent des pays proches comme l’Angleterre mais aussi de très lointains comme les deux Indes, le Japon ou le Paraguay ; des récits de voyage, des atlas et des cartes ; côté littérature des traductions des Anciens, des auteurs français comme Marot, Corneille, Boileau, La Fontaine, Fontenelle, mais ni Molière ni Racine. Quelques oeuvres plus légères complètent Boccace, comme Rabelais, Marguerite de Navarre ou Brantôme. Les Lumières sont largement représentées avec Le Système de la Nature de Mirabaud, le Dictionnaire historique et critique de Bayle, les œuvres complètes de Montesquieu, de Rousseau et de Condillac, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. A noter une absence de marque, celle de Voltaire[63].

 

Les lectures de Deville sont celles d’un esprit ouvert au monde, celui qui précède, celui qui l’entoure comme celui qui vient. Est-il de plus franc-maçon, comme nombre de ses confrères de la Ferme ? Il n’y a pas d’élément probant sur la question. Un Nicolas Deville est en 1786 membre de la loge versaillaise La Concorde à l’Orient de la Cour, mais il semble que ce soit un avocat alsacien homonyme[64].

 

VI La catastrophe des Deville

 

– La fin de la Ferme

 

Quand débutent les événements qui vont conduire à la chute du trône, la Ferme a mauvaise presse : profitant de l’expansion générale de la consommation les fermiers généraux, qui ont justement en charge la levée des impôts à la consommation, se sont considérablement enrichis. Le fait n’est pas malhonnête en soi mais beaucoup d’entre eux mènent grand train, du mécénat des grands auteurs des Lumières à l’entretien des danseuses d’opéra. A l’heure où on lui dit que le Trésor est vide, l’opinion s’en émeut. De plus la construction du fameux « mur murant Paris » imaginé par le fermier général (et célèbre chimiste) Lavoisier a renforcé la perception des droits d’octroi et la mauvaise humeur des fraudeurs. Dans le même temps beaucoup d’esprits éclairés préconisent une vaste réforme fiscale passant par l’extension de la gestion en régie d’Etat, jusque là réservée aux seuls impôts directs, à tous les impôts indirects à perception affermée.

 

L’événement révolutionnaire va alors atteindre directement le destin de Nicolas et de Lucile.

Ils sont à tout point de vue aux premières loges : le 13 août 1789 l’émeute brise sous leurs fenêtres la statue équestre de Louis XIV dressée au centre de la place Vendôme, que les révolutionnaires rebaptiseront un peu plus tard place des Piques. Autour d’eux l’émigration débute. La famille du comte d’Artois quitte la maison de Saint-Cloud ce même été 1789 pour se réfugier au Piémont.

 

Il ne semble pas que Nicolas ait été hostile à la Révolution dans ses commencements. Il se constitue même une collection d’une quarantaine d’estampes représentant ses événements les plus marquants[65]. Il s’agit très vraisemblablement des Tableaux de la Révolution Française, une série de quarante-huit gravures vendue par souscription avec parutions périodiques à partir de juin 1791, qui illustrait les événements courant de juin 1789 (serment du Jeu de Paume) à avril 1791 (funérailles de Mirabeau). Huit de ces gravures sont consacrées à la seule journée du 12 juillet 1789 : entre autres Camille Desmoulins au Palais-Royal, les bustes du duc d’Orléans et de Necker portés en triomphe, les gardes-françaises contre le Royal-Allemand, l’incendie de la barrière de la Conférence… Chaque livraison était accompagnée d’un texte rédigé par un fervent partisan de cette première phase de la Révolution, l’abbé Fauchet puis Chamfort et Ginguené[66].

 

Au moment où beaucoup émigrent, Deville ne cherche pas à réaliser ses biens dans la perspective d’un départ. S’il vend quelques parcelles du domaine de Saint-Cloud pour faire face aux baisses de recettes et aux nouvelles dépenses entraînées par les circonstances, il en conserve l’essentiel[67]. Mais son attitude est sur un point pour le moins à contretemps : alors que la noblesse est abolie en juin 1790, il demande l’année suivante à l’ancien juge d’armes d’Hozier d’établir la gentilhommerie des de Ville depuis le XIème siècle.[68] Vanité familiale ?

 

Très vite le roi perd la réalité du pouvoir au profit de l’Assemblée nationale. La Ferme générale se voit retirer les gabelles en 1790. Une tentative d’amadouer les députés par le versement volontaire d’une « contribution patriotique » de 22,5 millions de livres n’a pas d’effet : l’Assemblée vote la suppression totale au 1er avril 1791. Tous les impôts indirects ont été supprimés, le vaste organisme n’a plus lieu d’être. Les ex-fermiers généraux entreprennent d’établir l’arrêté de leurs comptes avec l’Etat. Un travail de Titan vu la multiplicité des opérations.

 

Dans ce contexte de gigantesques tensions sociales et politiques, encore amplifiées par la déclaration de guerre en 1792, l’insécurité se développe à Paris. Les maisons des suspects d’activisme contre la Révolution ou seulement de mollesse, surtout s’ils sont riches, peuvent être à tout moment l’objet d’une descente de sectionnaires plus ou moins avinés et pillards. Nicolas protège sa famille en louant en grande partie son hôtel à des personnalités jouissant de hautes protections : le ministre de la guerre Duportail et le député Dufresne de Léon en 1791, le ministre montagnard Bouchotte en 1793. Les Sans-Culottes y regarderont à deux fois avant de s’y frotter.

 

Mais ces protections sont insuffisantes contre les délations qui fleurissent comme en toute période trouble. A l’automne 1793 l’ex-notaire Louis-François Colliex, encore lui, tente un nouveau chantage. Il menace de dénoncer les liens de Deville avec des contre-révolutionnaires notoires et son aide à la désertion de son frère engagé dans la garde nationale. Sa dénonciation sera imprimée à 2.000 exemplaires s’il n’est pas rétabli dans la succession Chalut. Une nouvelle fois Deville ne cède pas à l’intimidation et fait établir une réfutation point par point des arguments de Colliex.[69] Du coup celui-ci renonce à son action.

 

– La mise à mort

 

La Révolution s’accélère. Après le roi, la reine est conduite à l’échafaud. La Convention met officiellement la Terreur à l’ordre du jour. La qualité de ci-devant fermier général devient une présomption de culpabilité. Une des multiples audiences du procès contre les demoiselles Robaz, toujours à la poursuite de la succession Chalut, est ouverte cette fois devant le tribunal du 2ème arrondissement en septembre 1793. Elle est présidée par Jean-Baptiste Coffinhal, un jacobin fidèle de Robespierre. Sans se préoccuper du fonds de l’affaire il prend violemment à partie Deville, accusé du fait de ses anciennes fonctions d’être une sangsue du peuple, un vampire ne vivant que de la substance d’autrui. Le tribunal ne le suit pas et écarte les prétentions des éternelles demanderesses. Furieux, Coffinhal prédit à Nicolas qu’on ne tardera pas à faire justice de lui et de tous ses collègues et menace également son avocat. En riposte, et vraisemblablement pas gratuitement, un autre jacobin, La Palus, publie une brochure contre Coffinhal où Deville est présenté comme le dix-huitième fils d’un honnête laboureur du Beaujolais farouchement républicain. Rien de moins ![70]

 

La pression sur les fermiers généraux continue de monter. Le 24 novembre 1793 la Convention décrète leur arrestation, avec l’obligation de rendre les comptes de la Ferme dans un délai d’un mois. Le jour même une rafle les conduit à l’ancien couvent de Port-Royal, transformé en lieu de détention et rebaptisé par antiphrase Port-Libre. Nicolas n’était pas à son domicile. Localisé et interpellé, il rejoint ses collègues le 28. Il n’a manifestement pas tenté de fuir, pas plus que la quasi-totalité des fermiers généraux persuadés que l’apurement des comptes prouvera leur bonne foi et qu’ils seront relâchés.

 

Le Comité de sûreté générale de la Convention ordonne la mise sous séquestre des biens des captifs. Un commissaire de police et deux membres du comité révolutionnaire de la section des Piques se présentent chez les Deville le 17 décembre. Lucile, de nouveau enceinte, leur ouvre en personne, ce qui laisse supposer que le gros des domestiques a déserté. Les visiteurs acceptent de laisser à la disposition de la citoyenne Deville le salon de musique et son piano forte. On y transfère le lit conjugal. Une petite chambre et un débarras sont réservés aux enfants. Madame Robert, la femme de chambre, conserve sa chambre à coucher et une lingerie attenante. Toutes les autres pièces sont mises sous scellés. Le commissaire fait rigoureusement son travail (la France révolutionnaire se veut aussi état de droit) et dresse imperturbablement l’inventaire du service de table laissé à la disposition de la famille « deux douzaines de couverts, trois cuillers à ragoût, dix-sept cuillers à café, huit pelles à sel, quatorze coquetiers, six salières simples et deux doubles avec leur garniture en verre bleu, une bouillère à manche d’ébène, le tout d’argent, et une petite cafetière en vermeille ». Lucile est officiellement informée qu’elle est responsable de ce dépôt devant la République.[71]

 

A Port-Libre, qui regorge de suspects de l’ancienne bonne société, la vie s’organise. Après une première nuit d’entassement les fermiers généraux se voient attribuer le premier étage et se partagent les cellules des nonnes. Nicolas fait chambrée avec le savant chimiste Lavoisier et son beau-père Paulze. Les prisonniers aménagent les lieux (« on pose des planches, on cloue, on scie, on charpente » écrit Lavoisier dans une lettre), montent une cantine à 40 sols par tête et surtout se réunissent pour poursuivre leurs travaux[72]. Par commodité ils sont transférés le 24 décembre à l’Hôtel des Fermes où se trouvent leurs documents. Les pièces justificatives se comptent par dizaines de milliers. En travaillant avec acharnement plus de dix heures par jour et malgré des conditions de détention pour le moins inconfortables ils mènent à bien leur tâche : le 27 janvier 1794 les comptes sont rendus à la Convention. Ils démontrent que loin d’avoir spolié l’Etat la Ferme générale en est créancière pour plus de vingt millions de livres, que par esprit de conciliation les ex-fermiers acceptent de ramener à dix. Mais le contexte rend cette proposition inaudible. Le procès des fermiers généraux est politique et perdu d’avance. De nouvelles accusations sont portées contre eux : avoir truqué les comptes, avoir touché des intérêts indus et même avoir tenté d’empoisonner les honnêtes citoyens en vendant du tabac frelaté.

 

Pendant que Nicolas est en prison, Lucile se bat. Elle a compris que la République jacobine est aussi procédurière que sanglante. Alors elle multiplie les requêtes. Fin mars 1794 elle invoque le manque de place laissé place des Piques pour elle, ses enfants et les trois femmes qui lui restent pour solliciter et obtenir la levée des scellés sur une pièce complémentaire. Le mois suivant elle demande la restitution d’une des maisons de Saint-Cloud pour s’y établir mais y renonce rapidement, préférant finalement rester à Paris[73]. Elle arrive sur ces entrefaites au terme de sa sixième grossesse et met au monde le 2 mai 1794, autrement dit le 13 floréal an II, sa première fille qu’elle prénomme Rose.

 

On ne sait si la nouvelle en parvient à Nicolas. Il est transféré le 16 floréal avec ses co-détenus à la Conciergerie. Fouquier-Tinville mène les interrogatoires le 18. Voici celui de Nicolas Deville, quarante-quatre ans, natif de la Bresse, secrétaire de Capet, fermier général, ex-noble.

 

Fouquier lui demande « si, comme fermier général, il ne s’est pas rendu coupable de dilapidation des finances du gouvernement, d’exactions infâmes, de concussions et fraude envers le peuple ? »

Deville « Non »

Fouquier « Quel département lui avait été confié par sa compagnie ? »

Deville « L’Alsace »

Fouquier « S’il a un défenseur ?»

Deville « Non »

 

L’instruction s’arrête là. Nicolas signe le procès-verbal et Fouquier-Tinville passe à l’inculpé suivant. L’avantage de sa méthode est qu’elle lui permet d’interroger trente quatre personnes sans trop perdre son temps.

 

Quelques adjoints sont mis hors de cause. Vingt-huit fermiers généraux sont renvoyés pour le lendemain devant le Tribunal Révolutionnaire. Personne ne se fait d’illusion sur le verdict.

De retour dans sa cellule, Nicolas écrit à Lucile une longue lettre d’adieu.

 

A la citoyenne Deville

18 floréal

 

Je t’embrasse, ma chère amie, de toute la tendresse de mon cœur et te demande de reporter sur nos chers enfants les sentiments dont tu étais animés pour moi : eux seuls doivent à présent concentrer tes affections et tes soins. Ils leur sont trop nécessaires pour que tu ne veilles pas scrupuleusement à ta conservation ; la raison, la nature, l’Etre suprême t’en font un devoir sacré. Pour moi, j’ai la confiance que tes vertus t’élèveront au-dessus des faiblesses humaines et que tu sauras supporter avec courage les vicissitudes de cette vie. Tes enfants doivent, je te le répète, concentrer dorénavant toutes tes affections, et en leur procurant par là le bonheur, tu trouveras la félicité que je te désire et qui en ce moment soutient mon courage. Je sens que tu es plus à plaindre que moi, et cette idée est la seule qui me tourmente.

 

J’ai constamment rempli les devoirs d’un homme vertueux, j’emporte une âme pure, et j’ai toute confiance dans l’Etre suprême ; ainsi, ma chère amie, quand ces derniers adieux te parviendront, je serai débarrassé de toutes les peines de ce monde, je serai heureux, et je pourrai intercéder pour toi et nos enfants auprès du dispensateur de toutes choses.

 

Je t’embrasse avec nos chers enfants mille et mille fois, et mes derniers vœux, les seuls qui occupent mon cœur, sont que vous soyez heureux. Tes vertus et ton courage m’assurent que vous le serez. Vous ne devez plus avoir ni inquiétude ni soucis pour moi ; ainsi, ma chère amie, ne vous occupez plus du malheureux sort que j’aurai éprouvé, je ne l’ai point mérité, et c’est ce qui doit faire taire tout regret. L’Etre suprême qui dirige tout a voulu me faire éprouver tout ce qui m’arrive ; je bénis sa volonté et je ne doute pas qu’elle n’ait été un plus grand bien pour moi, pour vous, ma chère amie, et pour vos enfants. Ainsi regardez ce qui m’arrive plutôt comme un bien que comme un malheur.

 

Veillez vous-même, ma chère amie, à l’éducation de nos enfants, inculquez de bonne heure dans leur cœur les principes de vertu et d’amour les uns pour les autres. Donnez-leur des talents utiles et surtout l’amour du travail. Avec cela ils seront heureux et feront votre félicité je le désire vivement et j’ai la confiance qu’ils réaliseront nos espérances parce qu’ils ont le cœur et l’esprit bons.

 

Vous ne sauriez vous imaginer, ma chère amie, combien cet espoir met de calme dans mon âme : il me fait tout supporter avec courage et il répand dans mon cœur les consolations dont il a besoin.

 

Adieu pour la dernière fois, je vais vous attendre dans le sein de l’Eternel, où nous devons tous nous réunir un jour. Si jamais j’avais eu le malheur de te causer quelque peine, sois bien assurée, ma chère amie, que mon cœur n’y a point de part, mais si cela était, je t’en demande pardon.

 

Ton fidèle ami. Deville[74]

 

 

Tout est dans cette lettre. Le respect profond de Nicolas pour sa compagne et sa tendresse qui lui font passer et revenir du tu au vous. Son amour et son inquiétude pour ses enfants. Sa révérence obéissante et presque fataliste envers l’Etre suprême qui n’est pas nommé Dieu et dont la mystérieuse volonté n’est jamais remise en cause. Sa croyance apaisante en une survie dans l’au-delà qui permettra qu’un jour la famille soit de nouveau réunie. Ses valeurs, que nous faisaient déjà pressentir le contenu de sa bibliothèque : ce sont celles de l’ère qui s’ouvre. Il charge Lucile de les transmettre à leurs enfants. Le talent, l’éducation, l’amour du travail, plutôt que la naissance fonderont leur avenir. La vertu, le courage, l’effort conditionneront leur bonheur. Ce bonheur, ressenti personnel, que l’époque prétend promouvoir en objectif social[75].

 

Nicolas Deville a écrit pendant sa dernière nuit un texte emblématique des idées et de la sensibilité de son époque. Si l’on en croit Joubert qui a eu l’original entre les mains, des traces de larmes restent sur le papier. Celles du rédacteur ou celles de la lectrice ?

 

Au matin du 19 floréal les vingt-huit fermiers généraux sont de nouveau devant le Tribunal révolutionnaire. Coffinhal préside avec l’outrance montagnarde qu’on lui connaît. Le substitut Lieudon requiert et obtient la peine de mort et la confiscation des biens aux applaudissements du public. Survient ici, dans la vulgate de l’histoire de la Révolution, la demande de Lavoisier que son exécution soit différée de quelques jours pour lui permettre de mener à terme une recherche et le fameux « La République n’a pas besoin de savants » de Coffinhal[76]. Les condamnés sont conduits en charrette place de la Révolution où la première tête tombe à cinq heures du soir. Nicolas voit mourir dix-sept de ses collègues avant que son tour ne vienne.

 

– Retour du malheur pour l’enfant trouvée

 

La confiscation des biens entraîne pour Lucile et ses enfants l’obligation de quitter l’hôtel Crozat. Mais elle est encore alitée à la suite de ses couches, et personne n’a osé lui annoncer la mort de Nicolas. C’est alors que sa fidèle femme de chambre a le courage de demander un délai aux autorités, dans une lettre à l’écriture laborieuse et l’orthographe approximative.

 

 

 

Aux represantants du peuples conposant le commité de suretté général

 

Citoyens, la citoyenne Robert femme de confiance de la citoyenne Deville vient vous exposer sa situation. Cette malheureuse mère de six enfans vient de perdre son mary sidevant fermier genéral par un jugement du tribunal revolutionnaire. Aujourdhuy est son septième jour de couches, elle ignore jusqu’à ce moment la mort de son mary ; si elle l’aprenai sans ménagement, infalliblement elle sucomberai. Aux noms de six innocens, je réclame votre humanité et vous suplie de sussepandre l’ordre du segond sellé jusqu’à ce que son ettat luy permete sans danger d’apprendre cette circonstance. Vous voudré bien ordonné sur le champs un délay. J’attend votre réponce.

 

Votre concitoyene. Robert.

 

La démarche aboutit et le délai demandé est accordé. Lucile a gagné quelques jours de sursis avant d’apprendre la mort de son époux et de prendre connaissance de sa lettre d’adieu. Mais fin août 1794 la famille doit quitter l’hôtel de la place des Piques pour un appartement loué rue Caumartin. Déménagement qui suit de peu le retournement de Thermidor. Robespierre et Coffinhal ont été jugés et exécutés aussi sommairement que les fermiers généraux. Fouquier-Tinville suivra un peu après. La Grande Terreur est terminée, les prisons s’ouvrent. Deux mois trop tard pour Nicolas.

 

Lucile a juste vingt-cinq ans. Elle a aussi six enfants. Il faut vivre. Elle a dû jusqu’à présent subsister d’un peu d’argent caché ou de la vente de bijoux, mais cela ne peut durer. Elle s’adresse en septembre 1794 au Comité des Secours Publics de la Convention. La démarche est hardie, si peu de temps après la Terreur et quand la situation politique n’est pas entièrement stabilisée.

 

Pour sa chance, il est devenu de bon ton de plaindre les victimes du tyran (Robespierre), même et surtout quand on l’a soutenu au temps de sa puissance. Le conventionnel Bordas, ancien jacobin bon teint, rapporte le 24 septembre une proposition tendant à accorder à la veuve Deville, un secours de 3.000 francs. L’exposé des motifs met une fois de plus en avant les origines de Lucile, mais cette fois pour les faire jouer en sa faveur : elle est présentée comme une petite fille du peuple ayant échappé aux vices qui guettent les enfants confiés à l’hospice pour être élevée dans la vertu et le bonheur par un philanthrope.

 

« Citoyens, les faveurs de la fortune ressemblent aux effets qu’éprouve la rose : une douce rosée la fait épanouir ; l’approche du midi la fane et la dessèche. Marie-Catherine Desrochets (sic) fut la fille aînée du malheur et de l’infortune. Dès l’instant où elle vit le jour, elle parut respuée[77] de la nature, condamnée à passer sa vie entière dans un de ces hospices qui rappellent les faiblesses humaines et souvent même les crimes. Le ci-devant fermier général, Chalut, voulut se donner un enfant que la nature lui avait refusé. Il retira de l’hospice des Enfants Trouvés la malheureuse Desrochets; il l’adopta ; il fit son éducation ; il lui constitua une dot, et la maria à Nicolas Deville (…) Marie-Catherine Desrochets a joui pendant vingt ans des bienfaits de la fortune ; elle a fait dans cet intervalle les délices de son patron[78]; Elle n’oubliera jamais qu’elle lui devait et ses vertus et son bonheur ».

 

Ce destin exemplaire a été soudain frappé par la tragédie. L’orateur poursuit :

 

«  Deville est mort ; sa veuve n’est âgée que de 25 ans ; elle est chargée de six enfants (…) La mère et les enfants sont sans ressources ; ils n’ont pas seulement de quoi essuyer les larmes que leur arrache la douleur (…) La situation de la veuve Deville, l’intérêt qu’inspirent six enfants, dont l’aîné a neuf ans, et dont le plus jeune n’a que cinq mois, leur malheur, offrent un spectacle bien touchant pour des âmes républicaines, et ce qui est dû à la justice, et ce que la justice commande en faveur de cette mère, en faveur de ses enfants, ne sera pas un vain titre auprès de vous. »

 

Il ne sera pas dit que la Convention aura été insensible au malheur d’une vertueuse ancienne enfant trouvée restée veuve avec six orphelins. Le décret accordant le secours demandé est adopté[79].

 

VII Marie-Catherine Desroches après Lucile

 

 

Lucile a disparu avec Nicolas. Reste à sa place la citoyenne Marie-Catherine Desroches qui va vivre jusqu’au règne de Louis-Philippe dans ses tenues de veuve.

 

Elle a obtenu par un jugement de janvier 1795 la tutelle de ses enfants et fait montre d’un courage et d’une opiniâtreté peu ordinaires pour reconstituer leur fortune. Inlassablement elle rédige lettres et requêtes de sa petite écriture régulière pour récupérer quelques biens. Heureusement pour elle les fermiers généraux sont réhabilités après Thermidor, même s’il faut attendre juin 1795 pour que leurs avoirs personnels soient restitués à leurs héritiers. Avant cette date Marie-Catherine avait déjà obtenu la levée des scellés sur une des maisons de Saint-Cloud et qu’on lui rende son piano-forte. Par la suite il lui faut se battre sans relâche pour récupérer le maximum de ce qui a été confisqué. Elle recouvre le domaine de Saint-Cloud, la place Vendôme, mais pas la collection de tableaux que Deville avait cachée à Versailles et qui a été vendue à l’encan. Elle remporte aussi de minuscules victoires, comme ces deux cent soixante quatorze bouteilles de vin qui avaient été détournées et qui lui sont rendues.

 

Elle se heurte aussi aux contradictions administratives. Un certain Deville habitant le département de Seine-et-Oise avait émigré. A la suite d’une confusion Nicolas Deville avait été inscrit à sa place sur la liste des émigrés, ce qui était une nouvelle cause de confiscation des biens. Marie-Catherine a tout le mal du monde à l’en faire radier. Il lui faut justifier de la présence continue de son mari en France des débuts de la Révolution à son exécution, d’où un épais dossier d’attestations et d’investigations aujourd’hui consultable aux archives des Yvelines. On y trouve deux signalements posthumes de Nicolas dressés à quelques semaines d’intervalle par la section des Piques. De l’un à l’autre ses yeux passent du noir au gris, son nez s’allonge et il perd cinq centimètres. Le reste est à peu près stable.

 

Après deux ans de démarches le citoyen Cochon, ministre de la Police du Directoire, finit par admettre que le guillotiné de 1794 n’a décidément pas pu émigrer. Pour régulariser la situation ses services utilisent un imprimé-type complété à la main du nom de la personne concernée, d’où ce petit chef d’œuvre d’humour noir bureaucratique.

 

13 prairial an V de la République française, une et indivisible.

 

Le secrétaire-général du Directoire exécutif au commissaire du Directoire exécutif près l’Administration centrale du Département de Seine-et-Oise.

 

Le Directoire exécutif, ignorant, Citoyen, l’adresse du Citoyen DEVILLE qui vient d’être rayé de la Liste des émigrés, sur laquelle il avait été inscrit dans votre Département, vous invite à faire passer sans délai, au domicile ordinaire de ce Citoyen, l’avis ci-joint dont vous pouvez prendre connaissance.

 

Salut et Fraternité. Lagarde.

 

On ne sait comment le département de Seine-et-Oise a résolu le problème de la notification[80].

 

La famille se réinstalle place Vendôme où elle rejoint l’abbé Arnoux, veuf de son vieux compagnon l’abbé Chalut mort en 1792 (les sœurs Robas s’étaient bien entendu intéressées à sa succession). Le petit Hyppolite y décède à quatre ans et demi en juillet 1796. Sa mère constitue à la famille des revenus stables en vendant ou en affermant les terres du domaine de Saint-Cloud mais conserve pour son usage la grande maison Mocquet où est mort Chalut. Elle loue en 1799 pour 12.000 francs par an la place Vendôme au département de la Seine qui en fait la résidence du préfet. Il est précisé dans l’acte que l’abbé Arnoux conservera son logement à titre viager. Par la suite le bail sera transféré au ministère de la Justice et son montant porté à 18.000 francs. Les Deville s’installent au 2 rue du Mont-Blanc, l’actuelle rue de la Chaussée d’Antin.

 

A Saint-Cloud la Maison de l’Electeur est en piteux état faute d’entretien. Joséphine de Beauharnais, femme du Premier Consul, la visite et trouve l’endroit charmant. Elle pousse à l’acheter Bourrienne, un proche de son mari. La transaction se fait pour 60.000 francs[81].

 

Les enfants grandissent. L’aîné, Geoffroy, le seul que Chalut ait vu naître, est étudiant en droit. Il meurt à vingt ans en 1807 au domicile de sa mère. La petite dernière, Rose, épouse en 1812 Alexandre Auguste Joubert- Bonnaire, un notable angevin. Un an après elle donne le jour à une petite fille qu’elle prénomme Lucile.

 

En 1815 les trois garçons survivants sont devenus majeurs. Leur mère décide de liquider la succession de Nicolas. Un notaire de Boulogne dresse un acte où est rappelé dans un long préambule le contrat de mariage de 1785, l’héritage de Chalut et les procès qui ont suivi, la mort tragique du père et la confiscation de ses biens. « Madame Deville resta seule avec six enfants presque sans moyen d’existence (…) Madame Deville a courageusement surmonté tous les obstacles qui se sont présentés dans l’administration des biens et affaire des communauté et succession » ; elle est parvenu à « conserver à ses enfants un héritage avec le revenu duquel elle a pu les faire exister honorablement et leur donner une éducation analogue à leur naissance ». Suivent de fastidieux descriptifs des biens et finalement le partage. Il reste quelques belles miettes de la fortune de Chalut : 430.000 francs vont à la mère, sous des formes diverses dont l’hôtel Crozat qu’elle vendra à un banquier en 1828 ; chaque enfant reçoit un peu plus de 100.000 francs. La maison Mocquet  de Saint-Cloud, qui doit servir de point de rencontre familial, reste en indivision[82].

 

Les enfants Deville mènent sous les régimes qui se succèdent en France au XIXème siècle des vies de notables. Les frères et le mari de Rose sont chevaliers de la Légion d’honneur. Jean-Achille connaît une certaine célébrité comme archéologue et historien.

 

Marie-Catherine Desroches meurt à Paris en 1840. Elle avait survécu quarante-six ans à la charmante Lucile.

 

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Sources et bibliographie

 

 

Archives nationales, minutier central

 

XVIII/903, 3/9/1792- inventaire après décès de l’abbé Chalut

XXXV/1098, 19/11/1829- notoriété de feu Nicolas Deville et de sa famille

XLVIII/423, 12 nivôse an VII- location de l’hôtel Crozat par Marie Catherine Desroches

LII/772, 8/4/1817- location de l’hôtel Crozat par Marie Catherine Desroches

LIII/526, 30/8/1776- convention de Geoffroy Chalut et son épouse avec l’Hôpital des Enfants trouvés concernant Marie Catherine Deroches

LIII/615, 13/2/1787- testament de Geoffroy Chalut

LXXI/76, 14/4/1787- achat de l’hôtel Crozat par Nicolas Deville, prête-nom de Geoffroy Chalut (deux actes)

LXXI/82, 11/1787- prêt du comte de Vergennes à Nicolas Deville

LXXI/95, 11/1/1790- succession Chalut, notoriété des héritiers (les dix cousins)

XCI/1697, 22/5/1828- vente de l’hôtel Crozat par Marie Catherine Desroches

CXVI/524, 17/10/1780- testament d’Elisabeth Varanchan

CXVI/524, 23/10/1780- inventaire après décès d’Elisabeth Varanchan

 

Archives nationales, autres séries

 

E/2516 f°273, 20/9/1775- arrêt du conseil nommant Varanchan de Saint-Geniès adjoint à la place de fermier général de Geoffroy Chalut

F/7/4676, 13 germinal an II- dénonciation de Colliex contre Deville et son frère

F/7/4774/25, 27 frimaire an II- scellés Deville place des Piques

G/1/6, documents sur la Ferme général ; voir en particulier le bail Mager du 1/1/1785 et les délibérations concernant Deville.

T/1618, 6 prairial an II- inventaire des papiers de Nicolas Deville

V/2/46, 11/9/1787- Nicolas Deville conseiller-secrétaire du Roi. Dossier d’enquête

V/2/50 – Nicolas Deville nommé conseiller-secrétaire du Roi

V/2/72 f°193, 22/8/1759- Geoffroy Chalut nommé conseiller-secrétaire du Roi

Y/11282, 22/8/1787-scellés après décès de Geoffroy Chalut

Y/14694c, 16/10/1780- scellés après décès d’Elisabeth Varanchan

 

 

Archives départementales

Hauts-de-Seine. Registres de Saint-Cloud- 23/8/1787 inhumation de Geoffroy Chalut (en ligne)

Hauts-de-Seine 3E/BOU_83- 28/3/1815- vente de terres autour de Saint-Cloud par la succession Deville et partage de cette succession (deux actes)

Loire. Registres de La Gresle- 5/2/1749 baptême Nicolas Deville (en ligne)

Haute-Marne. Registres de Wassy- 16/7/1769 baptême de Marie-Catherine Nicaise Desroches ; 12/2/1745 et 29/9/1806 baptême et décès de Louise Nicaise sa mère (en ligne)

Yvelines 4/Q/94, dossier Deville : biens, séquestres, requêtes de sa veuve, affaire Robaz

Yvelines Registres de Versailles, église Saint-Symphorien, 30/11/1785, mariage Deville-Desroches (en ligne)

 

 

Documents imprimés relatifs au contentieux de la succession Chalut

 

A la BnF :

 

F-14352 Consultation pour la dame Robas, par de Sèze, Tronchet, Le Roy et Landry,1791

F-14353 Réponse sur l’incident civil pour la dame Robas, par Becquey de Beaupré, 1791

F- 14354 Observations rapides pour les demoiselles Robaz, par de Sèze, 1790

4-FM-27864 (bis) Accusation de vol et de spoliation contre le sieur Deville et autres, réponse des demoiselles Robas, par Becquey de Beaupré, 1789

4-FM-32608 Consultation pour Nicolas Deville, par Fournel, 1790

4-FM-36141 Réponse à une accusation de vol intentée contre Deville et sa femme, Paris, imprimerie de Renaudière, non daté

 

Autres sources :

 

Jauffret (Louis François) Gazette des nouveaux tribunaux, n° 21 du 25/5/1791, p.326 à 358 (analyse du contentieux favorable à Deville)

Archives départementales des Yvelines, 4/Q/94, dans le dossier Deville, Résumé de la procédure, des charges et preuves pour les citoyennes Robaz, contre Marie Catherine Desroches, par Desèze et Leroy, 2 ventôse an III

Sirey (Jean-Baptiste) Jurisprudence de la Cour de cassation, Paris an XIII, p. 248 à 250, commentaire de l’arrêt de cassation criminelle du 29 vendémiaire an 8, dames Robaz contre dame Deville

 

 

 

Egalement à la BnF

 

DELTA-13660 (12/7/13) catalogue de la vente de la bibliothèque Deville, 11/3/1816

LA32-18 Tableaux de la révolution française, ou collection de quarante-huit gravures, représentant les événements principaux qui ont eu lieu en France depuis la transformation des Etats généraux en Assemblée nationale, le 20 juin 1789, Paris, Briffault de La Charprais 1791

 

Bibliographie

 

Adams (John et Abigail) Adams family papers, Digital edition, Massachussett Historical Society

Alasseur (Philippe) Franklin abroad: the Americans at Passy and the Chalut family circle, Franklin Gazette, Philadelphie, 2006

Almanach royal, de 1754 à 1791

Anonyme L’espion anglais, ou Correspondance secrète entre Milord All’Eye et Milord All’Ear,tome X, Londres 1786

Bachaumont (Louis Petit de) Mémoires secrets pour servir à la république des lettres en France, Tomes 10 et 31, Londres 1780 et 1788

Badinter (Elisabeth) L’Amour en plus : histoire de l’amour maternel, Flammarion 1980

Berryer (Pierre Nicolas) Souvenirs de M. Berryer, doyen des avocats de Paris, de 1774 à 1838, tome I, Paris 1839

Brièle (Léon) Inventaire sommaire des archives hospitalières de Paris antérieures à 1790, partie Hôpital des Enfants-Trouvés, Paris 1886

Chaussinand-Nogaret (Guy) D’Alembert Fayard 2007

Cornu (Pierre) Le château de Béarn à Saint-Cloud, Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, février et mai 1907.

Denisart (Jean-Baptiste), Collection de décisions nouvelles et notes relatives à la jurisprudence actuelle, tome I, articles adoption et bâtards, 5ème édition, Paris 1766

Diderot (Denis) Œuvres complètes, Tome 4, Paris 1818

Durand (Yves) Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, Maisonneuve et Larose 1996

Favre-Lejeune (Christine) Les secrétaires du Roi de la grande chancellerie de France : dictionnaire biographique et généalogique (1672-1789) Paris 1986

Franklin (Benjamin) The papers of Benjamin Franklin, vol. 25 à 35. New Haven 1988, Yale university press

Grimaux (Edouard) La mort de Lavoisier Revue des Deux Mondes 1887 p. 884 à 930

Hennequin (René) Avant les photographies. Les portraits au physionotrace, Troyes 1932

Histoire de la Vie Privé, sous la direction de Philippe Ariès et Georges Duby, tome III, éditions du Seuil 1986

Imbert de Boudeaux (Guillaume) Recueil de lettres secrètes, année 1783, Droz 1997

Joubert (André) Les fermiers généraux sous la terreur, Douniol 1869

Labourdette (Jean-François) Vergennes, ministre principal de Louis XVI, Desjonquères 1990

Lallemand (Léon) Histoire des enfants abandonnée et délaissés Paris 1885

Lallemand (Léon) Histoire de la maison de la Couche à Paris, Paris 1885

La Palus Observations d’un patriote sur ce qu’il a entendu au tribunal du deuxième arrondissement, Paris1793, imprimerie de la Société des Jacobins

Le Bihan (Alain) Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France, fin du XVIIIème siècle, Bibliothèque nationale, 1966

Le Rouge (Georges Louis) Détail des nouveaux jardins à la mode, Paris 1777

Le Roy Ladurie (Emmanuel) Saint-Simon ou le système de la Cour, Fayard 1997

Luynes (duc de) Mémoires, tome X, Paris 1862

Marmontel (Jean-François) Mémoires, Mercure de France 1999

Newton (William Ritchey) La petite cour : services et serviteurs à la cour de Versailles au XVIIIe siècle, Fayard 2006

Roland (Manon) Lettres de Madame Roland publiées par Perroud, tome I, Paris 1900

Rousseau (Jean-Jacques) Œuvres complètes, correspondance tome I, Bruxelles 1838

Sanson (Henri) Sept générations d’exécuteurs 1688-1847 : mémoires des Sanson, Paris 1863

Sarmant (Thierry) et Gaume (Luce) La Place Vendôme Paris 2002

Thiery (Luc Vincent) Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, 1787

 

 

Périodiques :

Le Mercure de France, 3 mai 1783

Le Moniteur, 3 vendémiaire an III

 

 

 

 

 

 

[1] Histoire de la Vie Privé, sous la direction de Philippe Ariès et Georges Duby, éditions du Seuil, tome III 1986 ; Elisabeth Badinter L’Amour en plus : histoire de l’amour maternel, Flammarion 1980

[2] Pour les développement qui suivent sur les enfants abandonnés du XVIIIème siècle et sur l’Hospice des Enfants Trouvés de Paris, voir Léon Lallemand Histoire des enfants abandonnée et délaissés et Histoire de la maison de la Couche à Paris, tous deux édités à Paris en 1885.

[3] Exposé devant l’église Saint-Jean-le-Rond par sa mère, le futur d’Alembert est retrouvé six semaines plus tard chez une nourrice picarde par son père qui le ramène à Paris cf. Guy Chaussinand-Nogaret D’Alembert Fayard 2007

[4] Rousseau, lettre du 20 avril 1751 à madame de Francueil, Œuvres complètes, Bruxelles 1838, correspondance tome I p. 171

[5] Archives départementales de Haute-Marne, registres de Wassy (en ligne), baptêmes de Louise Nicaise 12/2/1745 et de Marie Catherine Nicaise des Roches 16/7/1769

[6] Archives Nationales (désormais AN) MC LIII/526, 30/8/1776

[7] Jean-Baptiste Denisart, Collection de décisions nouvelles et notes relatives à la jurisprudence actuelle, 5ème édition, 1766, article Adoption, tome I p.47 « L’adoption a eu lieu en France sous la première race de nos rois ; elle n’y est plus actuellement d’usage »

 

[8] Femme de chambre ne signifie pas alors soubrette, mais plutôt suivante. C’est un poste de second rang dans la Maison d’une princesse, que des femmes de chambre accompagnent continuellement pour répondre à toutes ses attentes. Moins que les dames de compagnie dites « du palais », recrutées presque exclusivement dans la bonne noblesse, mais beaucoup plus qu’une simple servante. Cf. William R. Newton, La petite cour : services et serviteurs à la cour de Versailles, Fayard 2006.

 

[9] Musée de Chantilly, n° d’inventaire DE CAR 24 et DE CAR 228 ; au verso du premier dessin est inscrit « M. de Chalut de Saint-Verin (sic), ancien fermier général, écuyer du Roi, maître d’hôtel de la reine Marie-Antoinette, déclamant sa tragédie de l’Amiral Binck sur la terrasse du château de Saint-Cloud en 1760 » ; le second est titré au recto « Mme de Chalut et Mme de Spon 1760 ».

 

[10] Voir Yves Durand  Les fermiers généraux au XVIIIème siècle Maisonneuve et Larose 1996, le livre de référence sur le sujet

 

[11] Duc de Luynes, Mémoires, Paris 1862, tome X p.136. Bachaumont Mémoires secrets pour servir à la république des lettres en France, Londres 1780, tome X p. 248. L’Espion anglais, ou Correspondance secrète entre Milord All’Eye et Milord All’Ear Londres 1786, tome X p.21. Ici comme par la suite l’orthographe des citations n’est pas modifiée.

[12] Mémoires de Marmontel, Mercure de France, 1999. Pour les Chalut de Vérin, voir index p.573

[13] L’hôtel Crozat est maintenant une aile du Ritz, 17 place Vendôme. Pour sa description voir La Place Vendôme, Thierry Sarmant et Luce Gaume, délégation à l’action artistique, Paris 2002, ainsi que AN MC/LXXI/76, acte de vente du 14/4/1787 et Y/11282 scellés après décès de Geoffroy Chalut.

[14] Luc Vincent Thiery, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, 1787, T.I p.126

[15] Reconstitution aquarellée par Christian Benilan, architecte des bâtiments de France, site http://christianbenilan.wifeo.com/

[16] Rebaptisé au siècle suivant le château de Béarn. Cf. Pierre Cornu, Le château de Béarn à Saint-Cloud, Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, février et mai 1907.

[17] Georges Louis Le Rouge Détail des nouveaux jardins à la mode Paris 1777, planche 15

[18] Sur le plan de Le Rouge, le potager longe le jardin jusqu’à la Seine. De nombreux détails sur la ferme dans le carton Deville aux Archives départementales des Yvelines 4Q94.

[19] Maman : voir le poème qui suit. Papa : Bibliothèque nationale de France (désormais BnF) 4-FM-27864 bis, factum Robaz contre Deville p.86

[20] Publié dans l’Almanach des Muses 1778, p.95. Le même almanach donne dans un calendrier deux fêtes de sainte Elisabeth : les 8 juillet et 19 novembre. Le compliment a été récité le 8 juillet puisque Marmontel a rompu avec Elisabeth avant novembre.

[21] Bachaumont op.cit. tome X p.248. L’Espion anglais, ou correspondance secrète etc.. , op.cit. Tome X p.20 à 33 où sont contés les amours entre le jeune Zeac (Caze) et madame de Luchat (Chalut) délaissée par Martelmon (Marmontel)

[22] BnF 4-FM-32608, Consultation pour Nicolas Deville, par Fournel, 1790, p.4 et 5.

[23] The papers of Benjamin Franklin, Yale University Press, New Haven 1988, vol.26 p.385

[24] Testament et inventaire après décès d’Elisabeth Varanchan AN,MC, CXVI/524, 17 et 23 octobre 1780

[25] T.Sarmant et L. Gaude, La Place Vendôme, op.cit. p. 281

[26] The papers of Benjamin Franklin, op.cit., lettres d’invitation, souvent par le truchement de l’abbé Chalut, 6/1/1778, 1/3/1778, 17/8/1779, 26/9/1780, 23/10/1781. Lucile a pu ainsi rencontrer dans son enfance le principal Père Fondateur et les 2ème et 3ème présidents des Etats-Unis. Sur les relations entre la délégation américaine à Paris et la famille Chalut, cf. Philippe Alasseur, Franklin abroad: the Americans at Passy and the Chalut family circle, Franklin Gazette, Philadelphie, 2006.

[27] Lettre de John Adams, 12 novembre 1782, Adams Family Papers, digital edition, Massachussett Historical Society

[28] Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon ou le système de la Cour, Fayard 1997

[29] Bachaumont op.cit. tome XXXI, p.75; Louis François Jauffret Gazette des Nouveaux Tribunaux n°21, p. 329, Paris 1791 ; Adams family papers, op.cit. 12 novembre 1782

[30] Pour Marmontel, Guillaume Imbert de Boudeaux Recueil de lettres secrètes, Droz 1997, lettre du 25 août 1783 où Lucile est appelée Agathe par confusion avec une autre œuvre de l’écrivain. Dans un manuscrit inédit datant des années 1960 un lointain descendant de Lucile attribue sa paternité à Vergennes (cf. échanges entre Stanislas David et Philippe Alasseur sur le forum Roglo, 14 et 15 juillet 2013) ; l’article Vergennes de Wikipedia, sauf correction depuis, reprend cette supposition des plus hasardeuses.

[31] Jean-François Labourdette, Vergennes, ministre principal de Louis XVI, Desjonquères 1990

[32] Il est né à La Gresle, actuelle Loire, le 4 février 1749 (acte de baptême du 5 février au registre paroissial). Assez curieusement l’extrait d’acte de baptême de son dossier d’enquête avant nomination comme conseiller secrétaire du roi donne la date du 3 février 1752 (AN V/2/46). Cette date est reprise par Christine Favre-Lejeune, Les secrétaires du Roi de la grande Chancellerie de France, Paris 1986

[33] Yves Durand, op.cit. p. 385 et suivantes.

[34] AN, G/1/6, délibération du 21/11/1785

[35] AN, G/1/6

[36] Lettres de madame Roland publiées par Perroud, tome I p.322, Paris 1900

[37] Louise Nicaise Desroches n’est ni présente ni représentée mais reste juridiquement concernée en l’absence de possibilité d’adoption légale. Elle mourra à Wassy le 29 septembre 1806. Son acte de décès ne fait pas état d’un mariage ou d’un veuvage. Elle y est « propriétaire » et vivait donc de ses rentes (Archives départementales de Haute-Marne, registres Wassy, D. 1802-1812, en ligne).

[38] Le contrat est en déficit à l’étude Rouen aux Archives nationales mais ses dispositions sont reprises dans l’inventaire Deville du 6 prairial an II, AN, T/1618. Pour le mariage religieux, Archives départementales des Yvelines, église Saint-Symphorien de Versailles, BMS 1785 (en ligne).

[39] Imbert de Boudeaux Correspondance Littéraire secrète 1785

[40] Abigail Adams à John Adams 5/12/1785, Adams Family Papers, op.cit. Elle lui indique aussi dans cette lettre que Chalut a prêté Saint-Cloud au roi l’été d’avant pour y isoler le dauphin atteint de la petite vérole

[41] Bachaumont op.cit. tome 31 p.75, 2 février 1786

[42] Montant du legs : Consultation pour Nicolas Deville, par Fournel, op. cit, et inventaire après décès d’Elisabeth Varanchan, AN, MC, CXVI/524. Compensation des 12.000 livres par Chalut : papiers Deville AN T/1618, 6 Pr an II. Dotation Chalut et absence d’une dotation Deville : Léon Brièle Inventaire sommaire des archives hospitalières de Paris antérieures à 1790 Paris 1886, partie Hôpital des Enfants-Trouvés, n°385 et index.

[43] AN Y/11282 Scellés Chalut 22/8/1787

[44] AN, MC LXXI/76, 14/4/1787

[45] Sur tout ce qui concerne les circonstances de la mort de Chalut et les procès qui suivent, voir les divers factums, réponse et mémoires relatifs aux procès de la succession Chalut. Ils sont listés dans la bibliographie avec leur titre, souvent fort long. Pour ne pas alourdir les notes, désormais seule est indiquée la cote à la Bnf ou aux Archives du document cité, avec la mention « pro Robas » ou « pro Deville » et la page. Ici 4-FM-24864 bis, pro Robas, p.6

[46] Buste en marbre de Chalut attribué à Jean Houdon, vendu à Londres, Sotheby’s, le 5 juillet 2000

[47] Archives départementales des Yvelines, 4/Q/94, pro Robas

[48] J.B. Denisart, Collection de décisions nouvelles et notes relatives à la jurisprudence actuelle, op.cit, article Bâtards. « Les bâtards (…) ne succèdent ni à leur père, ni à leur mère ». Ils « ne peuvent être légataires universels des autres personnes dont ils seraient héritiers sans le vice de leur naissance ». Ils ne peuvent même bénéficier « des dotations et legs qui, quoique particuliers, ont l’effet des dispositions universelles ».

[49] E. Le Roy Ladurie, op.cit. chapitre III, Le pur et l’impur.

[50] BnF F-14353, pro Robas, p.29

[51] BnF 4-FM-27864 bis, pro Robas, p.71

[52] AN, MC LXXI/82, nov.1787

[53] BnF 4-FM-27864 bis, pro Robas, p.42

[54] Le physionotrace est un procédé mécanique de portrait qui apparaît vers 1785. D’après Avant les photographies. Les portraits au physionotrace, Troyes 1932, de René Hennequin, deux portraits de Quenedey donnés pour être ceux du conventionnel champenois Deville et d’une madame Deville non autrement désignée pourraient en réalité être ceux de Nicolas et Lucile. Je n’ai pas trouvé le premier portrait. Le second, décrit ici, est au Cabinet des Estampes, cote DC 65.b.14

[55] Archives départementales des Yvelines, 4/Q/94

[56] Elisabeth Badinter, op.cit

[57] Diderot, Œuvres complètes, tome 4, 1ère partie, Paris 1818, p. 97, à propos de l’esquisse de La Mère bien-aimée exposée au Salon de 1765

[58] AN T/1678, inventaire des papiers Deville

[59] La rubrique « annonce et notices » du Mercure de France du 23 mai 1783 signale un recueil d’airs pour harpe et forte-piano de Piccinni, qu’on peut se procurer « chez l’auteur, place Vendôme, maison de M. de Chalut »

[60] Yves Durand, op.cit.p.573

[61] Voir Almanach Royal 1787 à 1790, avec la liste des comités où siège Deville et les horaires de réunion. L’Hôtel des Fermes était situé entre le Palais Royal et Saint-Eustache.

[62] AN V/2/46 et V/2/50. A noter qu’il y a trois Deville à occuper cette charge en 1787, d’où de fréquentes confusions. A son mariage religieux Nicolas Deville s’intitulait déjà « secrétaire du roi maison et couronne de France » sans y ajouter « et de ses finances », complément réservé aux secrétaires de la Grande chancellerie cf. Christine Favre-Lejeune, Les secrétaires du Roi de la Grande chancellerie de France, op.cit.

[63] BnF DELTA-13660, catalogue de la vente posthume de la bibliothèque Deville, 11/3/1816

[64] Alain Le Bihan, Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France, fin du XVIIIème siècle, Bibliothèque nationale, 1966

[65] AN T/1618, dossier Deville. 42 estampes représentant des scènes de la Révolution Française sont saisies en juin 1794 avec les papiers de Nicolas Deville.

[66] BnF LA32-18 Tableaux de la révolution française, Paris, Briffault de La Charprais 1791

[67] AN T/1618, dossier Deville. Celui-ci vend deux maisons à Saint-Cloud et en loue plusieurs entre 1789 et 1791

[68] Yves Durand, op.cit. p.260

[69] AN F/7/4676, 13 germinal an II

[70] Pierre Nicolas Berryer Souvenirs de M. Berryer, doyen des avocats de Paris, 1839 vol.I p.153 à 155 et La Palus Observations d’un patriote sur ce qu’il a entendu au tribunal du deuxième arrondissement. Paris 1793

[71] AN F/7/4774/25

[72] Edouard Grimaux, La mort de Lavoisier, Revue des Deux Mondes 1887, p. 884 à 930

[73] Archives départementales des Yvelines 4/Q/94 Dossier Deville

[74] Pour l’interrogatoire et la lettre, André Joubert, Les Fermiers Généraux sous la Terreur, Douniol 1869, p.19 à 21. L’auteur, l’historien André Joubert-Bonnaire, est un arrière petit-fils de Nicolas et Lucile Deville.

[75] Constitution de 1793, article 1er « Le but de la société est le bonheur commun ».

[76] Variante dans le journal du bourreau Sanson : « Le peuple n’a pas besoin de chimie et ne se soucie point de tes découvertes » cf. Henri Sanson, Sept générations d’exécuteurs1688-1847 : mémoires des Sanson, tome 5, p.137, Paris 1863. Certains auteurs mettent en doute la réalité de l’échange.

[77] Ancien terme pour rejetée

[78] Patron au sens de protecteur. Cf. Dictionnaire de l’Académie Française, édition de Germinal an X.

[79] Le Moniteur, séance de la Convention 3 vendémiaire an III

[80] Archives départementale des Yvelines, 4/Q/94 déjà cité (pour les biens récupérés et le dossier émigration)

[81] Baux et vente de l’hôtel Crozat : AN, MC, XLVIII/423, 12 niv. an VII ; LII/772, 8/4/1817 ; XCI/1697, 22/5/1828. Vente de Saint-Cloud à Bourrienne : P.Cornu, Le château de Béarn à Saint-Cloud, op.cit.

[82] Archives départementales des Hauts-de-Seine, 3E/Bou_83, acte Noël notaire à Boulogne, 28/3/1815